On a vu "Shrek 4, il était une fin"

Le monde entier connaît désormais Shrek, Fiona, l'Âne, le Chat Potté et a pu suivre leurs folles aventures au Royaume Fort Fort Lointain. Inspirées d'un roman de William Steig, ces films ont remporté un immense succès et conquis les sommets du box-office international.

Conscient des faiblesses du dernier opus, les créateurs de DreamWorks Animation souhaitaient redonner au public ce qu'il avait aimé dans les premiers films tout en lui proposant une nouvelle approche. Après Dragons qui avait été une agréable surprise tant scénaristique que visuelle, ce quatrième opus de Shrek est-il à la hauteur de ces ambitions ?

Synopsis

Après avoir vaincu un méchant dragon, sauvé une belle princesse et le royaume de ses parents, que peut encore faire un offre malodorant et mal léché ? Domestiqué, assagi, Shrek a perdu jusqu’à l’envie de rugir et regrette le bon vieux temps où il semait la terreur dans le royaume. Aujourd'hui, tel une idole déchue, il se contente de signer des autographes à tour de bras. Trop triste…

C’est alors que l’habile et sournois Tracassin lui propose un contrat. Shrek se retrouve soudain transporté dans un monde parallèle totalement déjanté où les ogres sont pourchassés, où Tracassin est roi, où Fiona et son bien-aimé ne se sont jamais rencontrés…

Shrek va-t-il réussir à déjouer le sortilège, à repasser de l’autre côté du miroir, à sauver ses amis, à restaurer son monde et reconquérir l’amour de sa vie ?

Le film sort le 30 juin prochain dans les salles françaises, en 3D dans les salles équipées. A noter que cette sortie coïncide avec la fête du cinéma 2010.

Notre avis

Durant près d’une décennie, Shrek et sa bien-aimée ont considérablement évolué… Fiona qui n’était qu’une petite princesse, prisonnière au sommet d’une tour, est devenue une merveilleuse mère et une ogresse qui s'assume pleinement. Shrek, lui, s'est embourgeoisé : père de trois enfants, il possède également une étonnante popularité. Shrek n'est plus ce qu'il était, il ne fait plus peur, il est aimé de ses concitoyens… et maintenant il se pose la grande question : «Aurais-je pu mener une autre vie ?» Nostalgique du bon vieux temps, il conclut un pacte faustien avec Tracassin, le tentateur suprême des Contes de Grimm...

Après Lord Farquaad, le Prince Charmant et la Méchante Fée, il convenait d’ajouter pour ce dernier épisode une ultime et plus haïssable canaille. A contrepied des précédents méchants, Tracassin est un type assez minable, un filou, un escroc, mais pas dénué de charme pour autant! totalement décalé, il n’en est que plus savoureux et irrésistible. Tracassin aspire tout bonnement à s'approprier le Royaume Fort Fort Lointain. Il offre à Shrek de vivre une journée où il redeviendrait un vrai ogre et serait dégagé de toutes ses pesantes responsabilités. En échange, Shrek doit seulement lui donner un jour de son passé. Le deal paraît honnête... mais l'habile tentateur choisit un jour bien particulier : celui de la naissance de Shrek! Le résultat est catastrophique, le destin de Shrek se retrouve totalement chamboulé en même temps que celui des autres personnages, il est plongé brutalement dans une réalité alternative où plus personne ne le reconnaît…

…mais cette réalité alternative fait également la force du film, elle permet de donner une nouvelle esthétique à l’univers de Shrek, tout en y restant fidèle. La première partie du film s'inscrit dans la continuité des précédents, mais dès que Shrek échoue dans le Royaume alternatif, le style, les couleurs, les ambiances changent du tout au tout. Ce domaine féerique aux paysages verdoyants se transforme en une terre aride où prédominent les trois couleurs du fatidique contrat : l'or (couleur de l'encre avec laquelle il a été signé), le vert et le gris.

Le monde alternatif de Shrek est peuplé de personnages familiers qui sont ici transplantés dans un contexte radicalement modifié. Mais au-delà de leur nouvelle apparence, ils ont conservé leurs traits de caractères : l'Âne, devenu l'esclave des sorcières, n'a rien perdu de son enthousiasme naturel, tandis que le Chat Potté, bien que domestiqué, pourri gâté et «enveloppé» à souhait, se montre toujours aussi finaud et rusé.

De princesse, Fiona est devenue une intrépide chef de guerre à la tête d'une armée, bien décidée à libérer les ogres du joug de Tracassin. Elle qui rêvait seulement de devenir une épouse modèle a échangé sa tiare contre un coutelas et une hache, et sa robe contre un pourpoint de cuir et une armure. Fiona reste pourtant dans sa tête une captive qui a fermé son cœur à double tour. Le film contient quelques très jolis moments où Shrek et Fiona se disputent tout en essayant de comprendre ce qui les attire l'un vers l'autre, et dont les chamailleries font penser à celles d’adolescents.

De son côté, l'infâme Tracassin dispose d'une armée de sorcières. Il a aussi enrôlé un joueur de flûte qui va hypnotiser les ogres et les mettre en transe pour les attirer hors de leur cachette. Cette parade, très élaborée, a été chorégraphiée avec une trentaine de danseurs filmés sous tous les angles pour fournir une vidéo de référence aux animateurs.

L’humour est évidemment présente et pas qu’un peu dans ce nouvel opus. Les nouveaux personnages –Tracassin en tête, avec sa collection de perruques aussi variées que ses humeurs– s’avèrent complétement loufoques tout en étant très charismatiques. Pour les personnages connus des spectateurs, c’est le décalage entre leur vie que l'on connaît et ce qu’ils sont dans cette réalité alternative qui donne lieu à des situations cocasses. Il est également très touchant de les voir tous se révéler au long du film et tendre –in fine– vers ce qu’ils sont dans la réalité «normale» de Shrek. Le film regorge de clins d’oeil et d’allusions aux précédents films, au détour d’une scène, d’une musique, d’un caméo, etc… Le film contient également une allusion à Disney et puis particulièrement à Lilo & Stitch, la trouverez-vous ?

Autre innovation, Shrek 4, il était une fin est le premier film de la saga réalisé en 3D stéréoscopique. Loin d’être un simple argument commercial, la 3D est ici parfaitement utilisée et donne encore plus de relief à l’univers de Shrek. Pour la première fois, certains décors et certaines scènes sont réellement en 3D avec une caméra qui donne l’impression de tourner autour de la scène. Peut-être pas aussi impressionnante que dans Dragons, elle n’en est pas moins très bien maîtrisée dans certaines scènes telles cette évasion de Shrek du palais de Tracassin à dos de balai, ou la parade des ogres.

Mention spéciale à la version française, une nouvelle fois d'excellente facture, emportée par Alain Chabat, Barbara Tissier et Med Hondo dans les rôles de Shrek, Fiona et l'Âne.

Conclusion

Ainsi s'achève la saga de l'ogre vert, débutée en 1995, lorsque Jeffrey Katzenberg et son équipe entamèrent le développement de ce conte de fées déjanté. Quatre longs métrages, dont un couronné de l'Oscar du meilleur film d'animation, deux émissions spéciales (dont une en chantier), une comédie musicale à Broadway, des attractions de parcs à thèmes, une myriade de récompenses... tel est aujourd'hui l'héritage Shrek.

A la faveur d’un grand retour dans le passé et d’un saut dans une réalité parallèle, Shrek est conduit à s'interroger sur sa destinée et son identité. Il a alors 24h pour sauver une fois de plus le Royaume Fort Fort Lointain, reconquérir Fiona et se montrer digne de son amour… Annoncé comme l’ultime épisode de la série, Shrek 4, il était une fin fait oublier dés les premières minutes un 3e opus plutôt décevant et nous offre un retour aux fondamentaux, à l’ambiance et à l’humour du premier et surtout du deuxième film (souvent considéré comme le meilleur des trois premiers), avec une foule de clins d’œil et des personnages encore plus déjantés. Si Toy Story 3 risque de truster le box office des films d’animation cet été, Shrek 4 a la chance de sortir deux semaines plus tôt (en pleine fête du cinéma en France) et il serait de toutes façons vraiment fort dommage de passer à côté. Mettez également de côté vos préjugés sur Shrek et/ou Dreamworks et laissez vous emporter par la bonne humeur et l’humour ambiants, un très bon moment en perspective que nous vous recommandons !

Et pour la route, puisque vous en redemandez encore, un petit extrait :

Fiche technique
Sortie nationale en France: 30 juin 2010, en 3D dans les salles équipées
Un film de Mike Mitchell, produit par Gina Shay et Teresa Sheng
Scénario de Josh Klausner et Darren Lemke
Avec les voix françaises de Alain Chabat, Barbara Tissier, Med Hondo, Boris Rehlinger
Avec les voix originales de Mike Myers, Cameron Diaz, Eddie Murphy, Antonio Banderas
Titre original : Shrek Forever After (Shrek: The Final Chapter)
Durée : 1h33

©Paramount/Dreamworks