[Critique] Le tableau

Avec Le tableau, son nouveau film, Jean-François Laguionie nous invite à la rencontre entre un peintre et son oeuvre. Inattendue et irréelle, autant que totalement improbable, celle-ci sera l'occasion d'un périple au gré des œuvres de l'artiste, un voyage culturel mais aussi un voyage intérieur pour ses protagonistes...

Le film

Un château, des jardins fleuris, une forêt menaçante, voilà ce qu’un Peintre, pour des raisons mystérieuses, a laissé inachevé. Dans ce tableau vivent trois sortes de personnages: les Toupins qui sont entièrement peints, les Pafinis auxquels il manque quelques couleurs et les Reufs qui ne sont que des esquisses.

S'estimant supérieurs, les Toupins prennent le pouvoir, chassent les Pafinis du château et asservissent les Reufs. Persuadés que seul le Peintre peut ramener l’harmonie en finissant le tableau, Ramo, Lola et Plume décident de partir à sa recherche. Au fil de l’aventure, les questions vont se succéder: qu'est devenu le Peintre? Pourquoi les a t-il abandonnés? Pourquoi a-t-il commencé à détruire certaines de ses toiles! Connaîtront-ils un jour le secret du Peintre?

Distribué par Gebeka Films, Le tableau arrive dans nos salles dés aujourd'hui 23 novembre...

Notre avis

Un film c’est souvent, d’abord, l’histoire d’une rencontre. Ici il s'agit de celle des producteurs Armelle Glorennec & Éric Jacquot avec le réalisateur Jean-François Laguionie en 2004, alors que ce dernier finalisait son précédent film L’Ile de Black Mor. C’est à cette occasion que celui-ci évoque un nouveau projet qui lui tient à coeur: Le Tableau. D’années en années, de mois en mois, il faudra plus de 6 années pour que cette aventure prenne corps, dans des studios pas très loin de chez nous, à Angoulême et à Bruxelles.

Le scénario d'Anik Le Ray confronte des personnages peints, sortis de leur tableau, à un univers "réel" l'atelier du peintre. Inattendue et irréelle, cette rencontre imaginaire -somme toute très personnelle- entre un artiste et son oeuvre se déroule de manière très naturelle et parfaitement crédible.

Le travail sur les personnages est impressionnant tant ceux-ci sont nombreux. Il ne manque aucun détail aux toupins, ils sont vêtus de façon prétentieuse dans un style "haute couture", manifestement le peintre s’est moqué d’eux mais ils ne le savent pas! Le peintre ne les ayant pas terminés, les pafinis semblent avoir plus de liberté et de spontanéité, il leur manque un pan de costume ou la couleur de la peau. Les reufs sont des personnages fragiles, simplement esquissés, mais dont le dessin du visage peut être aussi expressif que celui des autres acteurs du tableau.

Le petit groupe qui part à la recherche du peintre est composé d’un toupin, Ramo, d’une pafinie, Lola et d’un reuf, Plume. À ce trio viendra s’ajouter le jeune Magenta, échappé du tableau de la Guerre. Le groupe possède une unité donnée par le style du peintre, mais le caractère de chacun ainsi que les raisons qui les poussent à rechercher leur créateur ne sont pas les mêmes. Bien qu’ils représentent trois étapes d’un même travail, leurs différences de culture et de caractère sont importantes, et les épreuves qu'ils vont traverser vont leur donner l'occasion de découvrir les autres.

Trois tableaux principaux servent de cadre à cette aventure. Le Château évoque la société, le pouvoir, l’organisation humaine où la moindre différence est exploitée pour justifier le pouvoir. La Guerre est un tableau où la situation humaine est dépassée, il n’y a plus de toupins et de pafini, seulement des rouges et des verts. Venise est la ville du rêve, de la poésie, de la folie... le monde où l’on se cache derrière les masques. Ces trois œuvres représentent des périodes, des étapes de la vie du peintre, sur fond de voyage intérieur... ce même voyage que font nos personnages à leur tour.

Là où le rendu des personnages au sein des toiles est réalisée pour imiter la peinture à l'huile, l’atelier est réalisé en images de synthèse, ce qui permet une rupture entre l'intérieur des tableaux et le monde réel. Les personnages qui évoluent dans ce décor ne prennent pour leur part aucun réalisme et gardent leur aspect "peinture". L’extérieur de l’atelier, le paysage environnant et le peintre qui apparaît à la fin, sont eux réalisés en prise de vue réelle. Le talent du décorateur Jean Palenstijn assure un équilibre de la mise en scène des différentes aventures.

En conclusion

Le Tableau est un bel hommage au dessin, à la peinture et aux artistes en général. Prenant comme point de départ la rencontre improbable entre un peintre et son oeuvre, ce film de J-F Laguionie nous conte une belle histoire sur la quête identitaire et le voyage intérieur, sur fond de lutte des classes sociales. Dans un monde où chacun de nous pense qu’il pourrait avoir plus ou être mieux, le film nous délivre une morale remplie d'espoir sur le fait d'accepter son prochain tel qu'il est, nous rappelant que nous avons déjà bien souvent l'essentiel, et que même si ce n'est pas toujours facile nous avons toujours la possibilité de lutter pour devenir et faire accepter ce que l'on est.

A découvrir dans nos salles dés aujourd'hui, Le Tableau est un très beau film qui parlera à toute la famille, à partir de 7 ans. L’illusion dans laquelle vivent tous les personnages du Tableau ne ressemble-t-elle en effet pas à notre existence?

Fiche technique
Blue Spirit Animation et Be-Films présentent...
Un film de Jean-François Laguionie
Scénario original de Anik Le Ray
Création graphique de Jean Palenstijn, Jean-François Laguionie, Rémi Chayé & Julien Bisaro
Musique originale de Pascal Le Pennec
Chef décorateur et peintures: Jean Palenstijn
Directeur d’animation: Lionel Chauvin
Film fabriqué dans les studios Blue Spirit Studio, Sinematik
Durée: 1h16
Sortie nationale en France le 23 novembre 2011

Avec les voix de
Lola: Jessica Monceau • Ramo: Adrien Larmande • Plume: Thierry Jahn • Gom: Julien Bouanich • Garance: Céline Ronte • Magenta: Thomas Sagols • Orange de Mars: Magali Rosenzweig • Claire: Chloé Berthier • L’autoportrait et le peintre: Jean-François Laguionie • Le Grand Chandelier: Jacques Roehrich • Monsieur Gris: Jérémy Prévost • Le Capitaine: Michel Vigne • Le peintre de Venise: Jean Barney • Pierrot: Serge Faliu