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[Critique] Couleur de peau : Miel

Couleur de peau : Miel (Approved for adoption en version originale) est un récit autobiographique d’animation qui explore des terres nouvelles. Le film nous raconte la vie de Jung, un jeune Coréen adopté en 1971 par une famille belge, à travers ses moments clés...

Réalisé par Jung lui-même et par Laurent Boileau, le film arrive dans quelques nos jours sur nos écrans, et est également présenté en compétition officielle au Festival international du film d'animation d'Annecy 2012 du 4 au 9 juin.

Le film

Ils sont 200 000 enfants coréens disséminés à travers le monde depuis la fin de la guerre de Corée. Né en 1965 à Séoul et adopté en 1971 par une famille belge, Jung est l’un d’entre eux...

Adapté du roman graphique autobiographique éponyme, le film revient sur quelques moments clés de la vie de Jung : l’orphelinat, l’arrivée en Belgique, la vie de famille, l’adolescence difficile... Il nous raconte les événements qui l’ont conduit à accepter ses mixités. Le déracinement, l’identité, l’intégration, l’amour maternel, tout comme la famille recomposée et métissée, sont autant de thèmes abordés avec poésie, humour et émotion.

Couleur de peau : Miel arrive dans nos salles ce mercredi 6 juin 2012...

Notre avis

Bande dessinée et cinéma se mêlent depuis leurs origines. Le tout premier dessin animé américain fut même signé en 1911 par l'auteur pionnier de la bande dessinée, Winsor McCay. Depuis une dizaine d'années, en marge de l'exploitation de l'immense fonds de bandes dessinées populaires (des super-héros de comic books américains aux piliers de la bande dessinée franco-belge), le cinéma s'intéresse aussi au roman graphique, cette maturation des cases en oeuvres plus pointues, éminemment personnelles, ancrées dans une réalité sociale, historique, voire politique. Persepolis (2007), adaptation du roman graphique éponyme, a démontré qu'une oeuvre graphique radicale pouvait élargir son public grâce au grand écran, sans sacrifier son exigence formelle et narrative.

Auteur de bande dessinée depuis une vingtaine d'années, Jung nous livre avec Couleur de peau : Miel son autobiographie dessinée, dont le premier tome est paru en 2006. Avec un regard décalé et un ton souvent ironique, il y relit sa propre vie et s'interroge sur son passé, ses racines et son statut d'adopté. L’adoption renvoie à de multiples notions complexes : identité, déracinement, famille, absence, abandon, destin, différence. Le fil interrompu de la vie doit se reconstruire, et pour y parvenir il faut puiser une énergie au plus profond de soi. Jung a d'ailleurs mis longtemps avant de se raconter, signe qu'il n'est pas facile de prendre de la distance avec une histoire qui marque autant l’esprit, parfois la chair.

Le réalisateur Laurent Boileau a découvert le roman en 2007. A l'origine, celui-ci voulait suivre Jung lors de son retour en Corée et réaliser un documentaire pour le petit écran, l'idée de faire de Couleur de peau : Miel un film pour le grand écran n'est venue que plus tard. Une adaptation fidèle et littérale du roman graphique étant jugée trop complexe, les deux hommes ont fait le choix de rendre le film plus léger. La voix off a ainsi été songée pour maintenir un peu de dérision et de distance, mais sans exagération pour ne pas tourner au ridicule.

Le film ne se cantonne pas au simple regard sur un passé d'enfant et d'adolescent, mais intègre une réflexion au présent sur le retour de Jung pour la première fois en Corée et sur ce qu'il vit aujourd'hui. Il nous dévoile l'histoire d'un homme déraciné cherchant à mettre fin au combat stérile du refus de ses origines. L'histoire personnelle de Jung renvoie aussi à l’histoire collective d’un peuple divisé, séparé par une ligne de démarcation depuis 1953. De par son ampleur, l'adoption internationale coréenne est un phénomène étrange et unique au monde. Porté par la personne de Jung, Couleur de peau : Miel déborde de la simple investigation personnelle et nous révèle l'incroyable aptitude humaine à survivre, s'adapter, à créer et à se renouveler. Le film nous emmène d'ailleurs encore plus loin que le roman graphique... le mouvement, les voix, le bruitage, la musique, le rythme de la narration et des plans contribuent à apporter au film une très forte charge émotionnelle.

Le film mélange habilement animation 3D rendue en 2D, animation 2D traditionnelle, images crayonnées... auxquelles s'ajoutent même des archives historiques et familiales Super 8. Le récit mêlant plusieurs couches narratives, le recours à des styles différents s'est imposé de lui-même pour ne pas perdre le spectateur. Cela permettait aussi à l'équipe de revenir à ce qui est l'essence même du récit de Jung, qui est né sur des planches de bande dessinée, et de rappeler l'importance du dessin dans son évolution personnelle. Une fois n'est pas coutume, cette alternance de techniques est mise au service de l'histoire et le passage de l'une à l'autre se fait avec naturel et fluidité. L'animation est d'ailleurs d'excellente facture, immersive et parfaitement maitrisée. Les tons ocres, dominants dans le film, retranscrivent une ambiance chaleureuse, joyeuse et légère, qui rappelle au passage la couleur "miel", couleur de la peau de Jung. Des tonalités plus sombres sont quand à elles utilisées pour les moments les plus difficiles.

Oeuvre hybride et atypique, Couleur de peau : Miel s'adresse à un public qui le sera tout autant. Le film aborde le sujet lourd -et parfois tabou- qu'est l'adoption avec un ton et une esthétique parfaitement jaugés et maitrisés, et avec juste ce qu'il faut de dérision et de distance pour ne sombrer ni dans l'exagération ni dans le mélodrame. Doté d'un potentiel éducatif et historique indéniable, ce long métrage ravira aussi bien les petits et les grands curieux, tant sur l'histoire de la Corée que sur la façon dont un jeune adopté vit réellement ce moment... Intelligent, mais surtout enrichissant et très abordable, ce long métrage réunira devant l'écran tous les publics, à partir de 10/11 ans.

En conclusion

De l'animation (2D et 3D), des dessins, des prises de vues réelles, des archives historiques et familiales... le long métrage de Jung et Laurent Boileau mélange allègrement les genres. Est-ce une fiction ? un film d'animation ? un documentaire ? un film autobiographique à coup sûr, mais aussi un récit miroir qui nous renvoie inexorablement à notre propre histoire, à nos propres quêtes...

A la croisé des genres, Couleur de peau : Miel est un récit d'animation atypique, mais définitivement touchant et émouvant, visuellement très réussi... une belle histoire humaine, à découvrir ce mercredi 6 juin dans nos salles.

Fiche technique
Mosaïque Films et Artémis Productions présentent...
Un film de Jung & Laurent Boileau
D’après la bande dessinée de Jung publiée aux Éditions Quadrants/Soleil
Sortie dans les salles françaises le 6 juin 2012
Durée : 1h15
Film présenté en compétition officielle au Festival international du film d'animation d'Annecy 2012