[Critique] Cendrillon au Far West

Le film

L’action se passe il y a fort longtemps dans le profond Far West... Notre Cendrillon a un caractère de cochon et un coeur énorme mais se trouve bien seule pour affronter son affreuse belle-mère. La venue d’un Prince russe dans la ville poussiéreuse va changer bien des choses, d’autant que les bijoux de sa grande Duchesse de mère vont attirer la convoitise de l’affreux Barbazul et de sa bande de pirates échoués sur un galion dans le désert...

Cendrillon au Far West arrive aujourd'hui 25 juillet 2012 dans nos salles, en 2D et 3D relief.

Notre avis

Tout le monde - ou presque - connait Cendrillon. En revanche, ce que vous ne savez peut-être pas c'est qu'avant d'être un personnage de Charles Perraut, des frères Grimm et bien sûr de Walt Disney... Cendrillon est un mythe dont il existe une multitude de versions de par le monde, certaines très différentes de celles connues en Occident.

Le réalisateur Pascal Hérold a choisi de nous livrer sa propre version de ce mythe intemporel, où la pantoufle de verre - survivance d’un des premiers contes d’origine chinoise - disparait, remplacée par une dent perdue dans une bataille. Quant à la transformation de Cendrillon en Princesse, ici point de bonne fée mais des dindons magiques, tout droit sortis de la seule version de l'histoire connue d’Amérique du nord, où l'intrigue du film prend justement place.

Si l'idée de base peut sembler alléchante, on ne met pas longtemps à déchanter devant le film, et ce pour de nombreuses raisons...

La première vous sautera (malheureusement) très vite aux yeux. Alors que le film offre des décors épurés qui donnent aux déserts de l'Ouest américain des airs de cartoon, les personnages semblent tout droit sortis d'une série animée comme on peut encore en croiser (très) tôt le matin sur le petit écran... autant dire que vus les standards actuels de l'animation au cinéma, cela pêche et fait trèèèèèès mal à la rétine. On a l'impression d'ébauches posées dans un paysage qui, lui, offre/ait du potentiel...

Aussi grossiers soient-ils, les protagonistes auraient pu être sauvés par ce qu'ils dégagent... là encore, le résultat n'est pas à la hauteur. Pascal Hérold a choisi de réaliser un film hybride, utilisant la motion capture - désormais bien connue avec des films comme The Prodigies (et où elle était autrement plus maîtrisée) - pour enregistrer les mouvements, et l'animation classique pour les mains et les visages permettant aux animateurs d'être beaucoup plus décalés. Ce mélange technique un rendu "bizarre", très inégal mais surtout décevant... les mouvements des personnages sonnent faux tandis que la partie «à la main» manque de cohérence. Ainsi les personnages sont représentés par des animaux, mais comment expliquer dans ce cas que le prince et sa mère ne soient pas le même ?

D'autant plus que toute cette animation manque cruellement de dynamisme... les combats semblent avoir été tournés au ralenti, tandis que les courses-poursuites prennent des airs de parcours digestif. Ce manque se ressent également sur les personnages et sur les interactions entre eux, si cela sied bien au Prince plutôt posé, le caractère «speed» de Cendrillon tombe complètement à l'eau.

Sur le papier, les personnages offraient pourtant du potentiel... Loin d'être banals, ils sont le fruit d’un travail d’équipe entre le réalisateur et les co-auteurs, les frères Apergis et Frédéric Le Bolloc’h. Garçon manqué, au caractère de cochon mais avec un cœur d’or, Cendrillon est une héroïne très loin de l'image qu'on lui connait et qu'on lui associe généralement. Aristocrate, cultivé et élégant, le prince russe est un aventurier curieux. Il devra apprendre à faire confiance à sa princesse et compter sur son aide pour aller libérer sa mère, la Grande Duchesse, joueuse invétérée un peu folle, des griffes de pirates (du désert) dirigés par Barbazul. Même la marâtre ne manque pas à l'appel... méchante, bête, malveillante et jalouse, Felicity tient la ville sous sa coupe et n'a qu'un objectif, marier une de ses filles (la moins pire des deux ?) au prince.

Alexandra Lamy, connu pour son rôle mémorable dans Un gars, une fille et que l'on peut également entendre dans Le Lorax, prête sa voix à Cendrillon pour un résultat... décevant. Le reste du casting regorge lui aussi de beau monde (sur le papier), offrant des interprétations plus ou moins réussies (dommage). A l'instar de l'animation, le doublage manque lui aussi de pep's, la répartie entre les protagonistes est inexistante (ou presque) faisant tomber à plat le moindre jeu de mots et même jeu d'acteur. Mention toutefois aux deux comédiens qui sauvent ce tableau : Antoine de Caunes, qui insuffle au prince sa classe, et Yolande Moreau qui interprète avec justesse la marâtre.

A mi-chemin entre le western et le conte, Cendrillon au Far West est avant tout un film d’aventures où le bien triomphe du mal. Le film est traversé par deux histoires d’amour et la méchante belle-mère meurt à la fin... le mythe est respecté mais l'originalité attendra. Cendrillon s’amourache naturellement de son Prince, tandis que - surprise - le terrifiant chef pirate Barbazul et la fragile Grande Duchesse batifolent. Cette dernière relation nettement plus atypique se révèle d'ailleurs mieux construite et plus intéressante que celle du couple princier.

Une petite note positive pour finir... au milieu d'une omniprésence de films en 3D relief, celle-ci est ici maitrisée avec une profondeur de champ réellement exploitée et appréciable (pour peu que vous arriviez à faire abstraction du reste).

En conclusion

Décalé, Cendrillon au Far West l'est assurément, tout comme il est dispensable. Pascal Hérold revisite le célèbre mythe dans un film sympathique mais sans plus, qui ne parvient pas vraiment à décoller. Sauvé par sa (relative) courte durée, le film n'est à aucun moment épique et prenant. J'ai même trouvé qu'il manquait... d'originalité, un comble alors que l'histoire est pourtant complétement revisitée. Ceci, sans parler du fait que je suis (et sans doute pas le seul) certainement trop habitué au classique de Disney, ce qui m'a fait trouver cette nouvelle adaptation vraiment bizarre.

L’Ouest américain est beau et agréable, servi par une 3D bien exploitée. Du côté de l'animation des personnages, c'est par contre décevant. Une mention malgré tout à Yolande Moreau et Antoine de Caunes pour leurs interprétations, Alexandra Lamy campe elle (avec moins de réussite) une héroïne entre force et douceur.

Coincé dans les sorties estivales 2012 entre Le Lorax et Rebelle, Cendrillon au Far West fait partie de ces films qui ne marqueront pas l'histoire du cinéma et auraient pu avoir le droit sans regret à une sortie directe en vidéo. A voir, un jour de pluie (si si, ça ne va pas certainement pas tarder) et pour pas (trop) cher... le cas échéant, privilégiez-lui la fable du Dr. Seuss ou les aventures de Merida. 4/10

PS: L'article original a été publié le 25 juillet et fortement remanié le 31. Merci à Chtounet et à sa critique élogieuse (ou pas) qui m'a donné envie de refondre totalement la mienne ! Oui parce qu'à part la conclusion (d'origine), on aurait presque pu croire que je l'avais apprécié ce film... mais non, il ne faut pas exagérer non plus !!

Fiche technique
Pascal Hérold et Michel Schmidt présentent...
Un film réalisé par Pascal Hérold
Produit par Pascal Hérold, Guy-Philippe Bertin et Michel Schmidt
Ecrit par Alexandre Apergis, Jérôme Apergis, Pascal Hérold et Frédéric Le Bolloc’h
Musique du groupe Zaragraf
Durée : 1h21min
Sortie dans les salles françaises le 25 juillet 2012, en 2D et 3D relief

Avec la création des personnages et les voix de :
Cendrillon ... Alexandra Lamy
Le Prince ... Antoine de Caunes
Felicity ... Yolande Moreau
Petite Fumée ... Michel Boujenah
La Grande Duchesse ... Isabelle Nanty
Barbazul ... Philippe Peythieu
Harmony ... Véronique Augereau
Melody ... Audrey Lamy
Dark Lopez ... Hervé Lassïnce