[Critique] The Amazing Spider-Man

Personnage emblématique de l'univers Marvel, Spider-Man a rempli des milliers de pages de comic books avec des centaines d’histoires depuis sa première apparition en 1962. En 2002, Sam Raimi nous invitait à découvrir ses aventures sous les traits de Tobey Maguire. 10 ans et trois films (2002, 2004 et 2007) plus tard, Marc Webb et Sony Pictures nous proposent un reboot de la saga.

En 2012, l’un des super-héros les plus populaires au monde est de retour sur grand écran. The Amazing Spider-Man nous invite à découvrir une partie méconnue de la vie de Peter Parker et révèle une nouvelle facette du personnage...

Le film

Abandonné par ses parents lorsqu’il était enfant, Peter Parker a été élevé par son oncle Ben et sa tante May. Il est aujourd’hui au lycée, mais il a du mal à s’intégrer. Comme la plupart des adolescents de son âge, Peter essaie de comprendre qui il est et d’accepter son parcours. Amoureux pour la première fois, lui et Gwen Stacy découvrent les sentiments, l’engagement et les secrets. En retrouvant une mystérieuse mallette ayant appartenu à son père, Peter entame une quête pour élucider la disparition de ses parents, ce qui le conduit rapidement à OsCorp et au laboratoire du docteur Curt Connors, l’ancien associé de son père. Spider-Man va bientôt se retrouver face au Lézard, l’alter ego de Connors. En décidant d’utiliser ses pouvoirs, il va choisir son destin...

The Amazing Spider-Man débarque ce mercredi 4 juillet dans nos salles, en 2D, 3D relief et IMAX 3D.

Notre avis

Alors que la première trilogie est encore dans tous les esprits et que Spider-Man 3 n'est sorti qu'il y a cinq ans (2007), le réalisateur Marc Webb - dont le précédent film, (500) jours ensemble, décrivait adroitement les hauts et les bas d’une relation amoureuse - a choisi pour se démarquer de placer Peter Parker au cœur de l'intrigue et révéler «un Parker inconnu des spectateurs»...

L’histoire débute lorsque le super-héros en devenir n'a que 7 ans, avant que ses parents ne l’abandonnent et ne le confient à Tante May et Oncle Ben. Plus encore que dans la première trilogie, le fait qu’il soit orphelin est mis en avant et nous montre toute l'influence que cela a eue sur sa jeune vie. The Amazing Spider-Man nous explique comment tout ce qui arrive à Peter est déclenché à la base par son besoin ardent de savoir ce qui est arrivé à son père. Ce désir le conduit à OsCorp vers ce moment où il se fait mordre. Si dans les premiers films, la morsure d’araignée relevait plus du hasard - Peter était là au mauvais endroit, au mauvais moment -, ici elle résulte de son enquête et de sa quête d'informations. «En fin de compte, c’est l’histoire d’un gamin qui part à la recherche de son père et qui se découvre lui-même» ajoute le réalisateur.

Marc Webb nous offre ainsi un Spider-Man plus ancré dans la réalité et véritable jeune d'aujourd'hui, qui conçoit et fabrique lui-même son costume et ses lanceurs de toile en cherchant des infos sur internet (une autre toile) et prend un rôle actif dans sa transformation. Andrew Garfield, qui endosse le rôle emblématique, déclare «Peter Parker est un héros, pas un super-héros. C’est déjà quelqu’un de bien lorsque l’araignée le mord. Après cela, il obtient le pouvoir d’agir en fonction des valeurs qu’il possède déjà.» Le jeune acteur apporte au personnage une interprétation beaucoup plus proche et fidèle au comics que ne l'était Tobey Maguire, tant physiquement qu'émotionnellement, ce qui n'est pas pour nous déplaire.

La trilogie précédente mettait en scène la relation avec Mary Jane, ce nouveau film nous introduit le personnage de Gwen Stacy, interprétée avec justesse par la craquante Emma Stone. Plus encore que le premier amour de Peter Parker, elle est son premier véritable lien avec le monde qui l’entoure. Personnage plein d’assurance, Gwen est la seule personne qui connaisse vraiment Peter et avec qui elle puisse rivaliser intellectuellement, ce qui crée un lien et une intimité unique entre les deux que retranscrit à merveille le duo des acteurs. Le seul reproche que l'on pourrait faire serait qu'ils ne font pas tant lycéens qu'ils devraient, Gwen Stacy est en effet censée avoir 17 ans et l'actrice en parait quand même un peu plus...

Au baiser suspendu du premier film succède une danse que Peter impose à Gwen en l'attirant vers lui avec sa toile, telle un lasso! On sourit devant cette autre toile qui devient une main aux fesses. On sourit d'ailleurs souvent, plus que l'on ne rit. L'humour est en effet très présent mais reste très convenu et surtout très ado, donnant au film des airs de teen movie.

Le dernier lien de Peter avec son père est le Dr Curt Connors, son ancien associé. Personnage intriguant, il voue toute son existence à ses recherches sur la génétique inter-espèces pour parvenir à régénérer son bras qu'il a perdu. Aveuglé par cet objectif, il ne se rend pas compte des répercussions de ses manipulations ni du drame que cela va engendrer... Lorsque le Dr Connors se transforme en Lézard, Peter doit faire des choix qui le touchent directement mais pourraient aussi avoir des répercussions sur l'ensemble des habitants de New York. Méchant emblématique, le Lézard, l’un des ennemis les plus redoutables de Spider-Man, a fait sa première apparition en 1963. Malheureusement, le double-personnage interprété ici par Rhys Ifans manque cruellement de charisme, empruntant au Bouffon Vert pour le physique et à Dr Octopus pour l'absence (ou presque) de personnalité. L'originalité et la nouveauté attendront...

Denis Leary incarne le père de Gwen, le capitaine George Stacy, dont l'objectif principal est de capturer l'homme-araignée qu'il considère comme un danger pour la ville... ce qui va de fait mettre Peter et Gwen dans une situation bien inconfortable. Martin Sheen et Sally Field viennent compléter la distribution dans les rôles d’Oncle Ben et de Tante May.

Pour le réalisateur, explorer une nouvelle facette de Peter Parker impliquait de raconter l’histoire d’une manière différente, plus naturaliste. Les cinéastes ont choisi de créer The Amazing Spider-Man en utilisant le plus souvent possible des éléments du monde réel et en ayant recours aux effets visuels uniquement en cas d’absolue nécessité. Andrew Garfield a ainsi réalisé lui-même une grande partie des scènes du film, ce qui a exigé un programme d’entraînement rigoureux et intense durant six mois pour se préparer aux exigences du rôle.

Côté réalisation, celle-ci est parfaitement maîtrisée mais Marc Webb donne l'impression d'avoir ouvert un guide qui aurait pu s'intituler «Comment faire un parfait film de super héros ?» et appliqué à la lettre chacun des chapitres. Tous les codes du genre y sont, des courses-poursuites aux révélations en passant par les rebondissements stéréotypées (tel cette scène où le père de Gwen démasque Peter). Le résultat est une intrigue que l'on devine très rapidement et une fin totalement prévisible. De fait, on peine à réellement rentrer dans le film et le spectateur n'aura jamais réellement peur pour son héros, tant le film manque de suspense et d'un côté épique... On peut en prime reprocher les habituels travers du genre : Peter apprend la couture et à maitriser ses pouvoirs en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, la scène finale où tous les grutiers de la 55e avenue s'associent pour aider le héros devient risible tellement elle est peu crédible (mais chuuuuuut, no spoil dans la critique). La seule surprise vient d'une séquence, cachée dans le générique... très énigmatique, elle nous dévoile ce qui pourrait être l'intrigue d'une éventuelle suite.

La ville de New York a toujours été un élément essentiel de l’univers du comics, offrant une dualité entre un lieu charmant et une ville incroyablement triste. Si les extérieurs ont largement été tournés dans les décors baptisés «New York Street» des studios Universal, une partie a également été tourné in-situ pour être au plus proche de l'ambiance et de l'atmosphère de la ville. Le décor du laboratoire d’OsCorp, l’un des plus grands créés pour le film, a nécessité plus de trois mois de construction et occupait plus de 1 300 mètres carrés. Les extérieurs du lycée ont été tournés en Californie du Sud. Pour les scènes d’intérieur, qui ont nécessité de nombreuses cascades et beaucoup d’effets, les décors ont été reconstruits aux studios Sony. Un plateau spécifique a été dédié à la bibliothèque du lycée, théâtre d’un violent combat destructeur.

Sony Pictures Imageworks, qui s’était précédemment occupée des effets visuels de la première trilogie supervise à nouveau les effets visuels de The Amazing Spider-Man. En collaboration avec le réalisateur, Jerome Chen, superviseur des effets visuels nommé aux Oscars, et son équipe ont mis au point un style visuel alliant cascades innovantes en prises de vues réelles et animation de personnages en images de synthèse, et intégrant harmonieusement les deux techniques dans de vastes environnements numériques.

The Amazing Spider-Man est le premier film de super-héros entièrement tourné en 3D et pour l’équipe il s'agissait d’un choix important. Comme d'habitude, celle-ci divise, le choix 2D ou 3D reviendra donc au spectateur. Pour ma part, je trouve qu'elle apporte une profondeur sympathique et de jolis effets dans les rues de New York, même si je m'attendais peut-être à plus d'immersion. Côté musique, la partition est signée James Horner qui nous livre une bande originale sympathique qui sert le film, mais on a connu le compositeur plus inspiré.

En conclusion

Alors que la trilogie de Sam Raimi est encore dans tous les esprits, la question de la légitimité et surtout de l'intérêt d'un reboot de la saga se pose inévitablement... et force est de constater que celui-ci arrive trop tôt. Là où la campagne marketing nous promettait d'être surpris, The Amazing Spider-Man ne renouvelle pas vraiment le genre et souffre inévitablement de la comparaison avec les précédents opus, particulièrement le premier film sorti en 2002 qu'il ne parvient pas à faire oublier totalement. On ne peut s'empêcher de penser aussi que ce nouveau départ a vu le jour pour des raisons plus mercantiles que purement artistiques, permettant ainsi à Sony Pictures de conserver les droits sur le personnage et pouvoir continuer à produire de nouvelles aventures de l'homme-araignée.

En dépit d'un manque flagrant d'originalité côté scénario et dépourvu de réelles émotions, The Amazing Spider-Man n'en est pas moins un divertissement sympathique et vous fera passer un bon moment, que vous soyez ou non un fan. Le film introduit des éléments nouveaux et nous propose une relecture du comics beaucoup plus fidèle. La réalisation (stéréotypée certes) est maitrisée et le spectateur se laissera porter par les images pendant près de deux heures. Mention spéciale au casting - un des très bons points de cet opus - offrant des relations entre les personnages au top et particulièrement à Andrew Garfield, très convaincant, qui campe un Peter Parker en pleine quête de ses origines. 7/10

Fiche technique
Columbia Pictures présente...
Une production Marvel Entertainment/Laura Ziskin/Avi Arad/Matt Tolmach
Un film de Marc Webb
Avec Andrew Garfield, Emma Stone, Rhys Ifans, Denis Leary, Campbell Scott...
Scénario de James Vanderbilt, Alvin Sargent & Steve Kloves
D’après la bande dessinée Marvel créée par Stan Lee & Steve Ditko
Musique de James Horner
Durée : 2h17
Sortie nationale en France le 4 juillet 2012, en 2D, 3D relief et IMAX 3D