[Critique] Ernest et Célestine

Le film

Dans le monde conventionnel des ours, il est mal vu de se lier d’amitié avec une souris. Et pourtant, Ernest, gros ours marginal, clown et musicien, va accueillir chez lui la petite Célestine, une orpheline qui a fui le monde souterrain des rongeurs. Ces deux solitaires vont se soutenir et se réconforter, et bousculer ainsi l’ordre établi…

Ernest et Célestine arrive sur nos écrans aujourd'hui mercredi 12 décembre...

Notre avis

A l’origine, il y a vingt beaux petits livres, des histoires simples qui ont enchanté des générations d'enfants. Ses protagonistes sont un ours et une souris unis par une complicité improbable. En créant Ernest et Célestine dans les années 80, Gabrielle Vincent offre aux enfants son double talent de dessinatrice et de conteuse. C’est dans le quotidien que s’expriment la vérité humaine, la tendresse, le bonheur de rendre l’autre heureux et de vivre simplement, en laissant parler son cœur et en se moquant gentiment des conventions. La force, la sobriété et la sensibilité de ses livres lui ont valu une réputation internationale consacrée par de nombreux prix.

Comment ces deux êtres si différents l’un de l’autre, issus de deux mondes qui s’ignorent - ce gros balourd d’ursidé et cette mignonne souricette - se sont-ils connus ? Pourquoi se sont-ils liés d’une si indéfectible amitié ? C’est en essayant de répondre à ses questions que le projet de Didier Brunner de transposer l'œuvre de G.Vincent s’est doucement imposé. Une adaptation avait déjà été envisagée du vivant de l'auteure - décédée en 2000 - mais celle-ci a toujours refusé de donner son accord. En 2008, l’éditeur propose les droits d’adaptation et les discussions reprennent avec les ayant-droits sur la base d'une adaptation cinématographique, seul moyen selon le producteur d'apporter le soin artistique pouvant rendre hommage à la qualité des dessins originaux.

Le scénario a été écrit par Daniel Pennac. Ce dernier avait entretenu pendant de longues années une relation épistolaire avec G.Vincent, ainsi lors que D.Brunner l'a contacté pour lui proposer de travailler sur le film, il a accepté immédiatement. Tandis que les livres racontent des tranches de vie simple, le film nous raconte la rencontre d'Ernest et Célestine à travers une histoire de quête de dents. En partant de deux univers et de deux personnages que tout oppose, le film nous montre comment ceux-ci vont se rapprocher, se comprendre et créer un nouvel univers qui est celui de G.Vincent. Le dessin final est d'ailleurs un véritable dessin de l'auteure. Plus qu'une transcription, le film est ainsi une adaptation et un hommage, à l'œuvre et à son style graphique si particulier.

Pour la réalisation, le hasard - qui fait décidément bien les choses - a mis sur la route de D.Brunner le DVD de La queue de la souris, film de fin d’études du jeune cinéaste Benjamin Renner. Le producteur le contacte alors et lui adresse quelques albums d’Ernest et Célestine. Celui-ci est conquis et réalise même spontanément des essais d'animation qu'il envoie au producteur. Novice, le jeune réalisateur sollicite de l'aide et est rejoint à la co-réalisation par Vincent Patard et Stéphane Aubier (alias Pic Pic André), connus pour avoir réalisé Panique au village.

L'aventure du film démarre ainsi, de la rencontre improbable d’un romancier chevronné et d’un réalisateur inexpérimenté. Une aventure de 3 ans, «un chemin long mais jamais douloureux, une belle aventure d'équipe et un beau parcours» de l'aveu même du producteur. Pendant tout cette période, c'est l'ensemble de l'équipe du film, des réalisateurs aux ingés-son qui se met au service de l'œuvre.

La tendresse entre les personnages et le rapport à l’enfance tiennent une place importante dans les albums, tant au travers des dessins que des situations. Si Ernest et Célestine sont en fait deux (grands) enfants, leurs caractères sont diamétralement opposés. Encore plus que dans d'autres films d'animation, l'acting (ie. le jeu des acteurs) tient une place très importante car les relations entre les personnages sont le cœur du film. Le choix des comédiens qui prêtent leur voix aux deux héros s'est ainsi révélé primordial...

Pauline Brunner est tombée «dedans» toute petite. Quand elle était enfant, elle avait en effet le droit à une histoire de Ernest et Célestine tous les soirs. Pour la comédienne qui s'identifiait déjà au personnage, se plonger dans la peau de cette petite souris lui a semblé évidement, et c'est tout simplement et naturellement qu'elle est devenue Célestine. La comédienne n'est en revanche pas une débutante et a déjà prêté sa voix à des séries et d'autres films d'animation. Pour Ernest, B.Renner voulait éviter le cliché de la grosse voix d’ours et cherchait un comédien à la voix très grave avec un timbre «à la Baloo», à la fois tendre et grognon. Le choix de Lambert Wilson a été proposé par le directeur artistique Jean-Marc Pannetier et s'est imposé aussi naturellement. Les deux comédiens ont fait un travail remarquable sur lequel les animateurs se sont fortement appuyés, allant même (fait rare) jusqu'à se donner la réplique sur le plateau d'enregistrement.

Les décors du film ont été encrés au brou de noix, peints à l'aquarelle, puis numérisés et finalisés grâce à Photoshop. En raison du style très particulier du dessin, "pas fini", la colorisation a été faite par des animateurs. Des filtres permettant d'appliquer un effet "aquarelle" aux images ont été employés et Flash a été utilisé pour faciliter l'animation. Ce dernier point n'a d'ailleurs pas facilité le recrutement, puisqu'il a fallu trouver des animateurs maitrisant ce logiciel mais aussi l'animation traditionnelle. Mignonne à souhait, ponctuée de séquences oniriques, l'animation ne souffre d'aucun défaut et le spectateur s'y plongera avec délice.

La musique originale du film est signée Vincent Courtois, à la fois compositeur de talent et grand violoncelliste.

En conclusion

Plus qu'une transcription, Ernest et Célestine est une adaptation de l'œuvre de Gabrielle Vincent. Touchant et attendrissant, le film rend hommage au style si particulier de l'auteure. Signée Daniel Pennac, l'histoire est agréable à suivre et malgré quelques lenteurs on se laisse (em)porter en douceur et sans difficulté par les images et les péripéties, ponctuées de quelques séquences plus oniriques. Au cœur du film, la relation entre Ernest et Célestine est construite avec justesse. Pauline Brunner et Lambert Wilson qui prêtent leurs voix aux protagonistes n'y sont sans doute pas étranger et nous offrent un travail irréprochable, s'appropriant réellement leurs personnages.

Indéniablement un des films d'animation de cette fin d'année et - à mon sens - le plus mignon, Ernest et Célestine est à découvrir pour les fêtes, en famille (à partir de 4 ans) ou même entre amis. Petit ou grand enfant, que vous ayez (ou non) grandi avec, il vous sera certainement très difficile de rester insensible au charme de cette petite souris et de cet ours marginal. Avec Les Mondes de Ralph et Les Cinq Légendes, il complète mon trio des films de ce Noël 2012 à ne pas manquer. 9/10

Fiche technique
Un film réalisé par Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier
Produit par Didier Brunner, Philippe Kauffmann, Vincent Tavier, Stéphan Roelants et Henri Magalon
Scénario et dialogues de Daniel Pennac
D’après les albums de Gabrielle Vincent, publiés aux Editions Casterman
Musique de Vincent Courtois
Avec les voix de Lambert Wilson et Pauline Brunner
Durée : 1h19
Sortie dans les salles françaises le 12 décembre 2012

1 commentaire

  1. #1 tedsifflera3fois

    Tout à fait d'accord. Des personnages tendres, des dessins simples et élégants, une intrigue fraîche et subtile, Ernest et Célestine a tout pour nous toucher au cœur. Un film politique pour les enfants, qui appelle à la remise en cause de l’ordre en place. Ma critique : http://tedsifflera3fois.com/2012/12/24/ernest-et-celestine-critique/