[Critique] A la poursuite du Roi Plumes

Le film

Johan et son père vivent tous les deux seuls sur l’océan. Johan aime leur bateau : il y a une serre pour faire pousser les carottes, des filets pour pêcher de magnifiques poissons, c’est aussi le lieu idéal pour des parties de cache-cache... Un jour, alors que son père va à terre pour chercher des provisions, il capte un mystérieux message à la radio... et décide alors de partir à la poursuite du Roi Plumes...

A la poursuite du Roi Plumes est sorti ce mercredi 15 octobre, il est à découvrir actuellement dans nos salles !

Notre avis

Il y a 3 ans, le réalisateur Danois Esben Toft Jacobsen nous offrait son premier long-métrage, L'ours montagne, distribué dans une cinquantaine de pays et récompensé dans de nombreux festivals internationaux, et où un jeune garçon se perdait dans une forêt mystérieuse. Entièrement réalisé pour un budget de 2,7 millions d’euros dans les studios de Copenhague et de Stockholm, son nouveau film A la poursuite du Roi Plumes peut se targuer d’être un long métrage 100% «Made in Europe» et a notamment été présenté en juin dernier au Festival international du film d'animation d'Annecy.

Ce nouveau film se déroule entre deux mondes, celui des vivants et des morts, et est entièrement peuplé d'animaux. Le réalisateur a choisi ce moyen pour donner un peu de légèreté à un sujet pas vraiment évident à traiter de prime abord. En effet, le film réalise une allégorie sur le deuil en évoquant la quête d’un enfant lapinou pour sa défunte mère.

S’il pouvait, son père chercherait à protéger Johan de toutes les choses douloureuses qu’on rencontre dans la vie. Alors dès que c’est possible, il le fait. Mais ce n’est pas simple car le jeune lapin n’a de cesse de l’interroger sur ce qui l’entoure pour essayer de comprendre. Son père, au contraire, est le premier à fuir ce qui le rend malheureux au lieu de s’y confronter afin de le surmonter.

Point de lourdeur morbide, ici les univers sont associés à la thématique du voyage marin, empruntant à l'univers de Miyazaki et à la mythologie. Le film est peuplé par des personnages originaux et attachants, entre un Capitaine crapaud, gardien du passage entre les deux mondes, Bill, un chien anarchiste qui voudrait bien changer les règles, et Mora, une créature sous-marine gigantesque aux tentacules qui font et défont l’existence de chacun. Le Roi Plumes est chargé de faire appliquer les lois à la tête de son étrange royaume.

Le film se destine très clairement aux plus jeunes spectateurs, qui se reconnaitront dans le personnage de ce petit lapin courageux et téméraire. Beaucoup d’enfants croient à l’impossible car ils doivent apprendre justement les limites de ce qui est possible. Par-delà les océans, Johan affronte tous les défis et tous les obstacles grâce à son esprit positif. Il va réussir à infiltrer le voyage mortuaire, mené par un passeur, pour le royaume du Roi Plumes où séjourne sa mère. Plus qu'une histoire sur le deuil, A la poursuite du Roi Plumes est une histoire sur le souvenir et la joie d‘étreindre ceux qu’on aime, car ces sentiments-là ne s’effacent jamais...

Les plus grands (et a fortiori les adultes) peineront en revanche à y trouver leur compte, notamment en raison de l'absence d'un message qui leur parle réellement, et d'autant plus que le film n'est pas exempt de défauts. Sa construction est parfois fouillie et son scénario n'est pas exempt de lacunes. Visuellement et esthétiquement, le rendu est pauvre et l'animation est très inégale. Il reste néanmoins la poésie et l'humour pour relever toutes ces carences techniques. L’intrigue est dénouée grâce à des scènes drôles, trépidantes mais surtout émouvantes. Le (jeune) spectateur vit ainsi l’expérience de découvrir un monde étonnant où il reconnait ses propres frayeurs et ses propres souhaits.

Le film pourra néanmoins être l'occasion d'ouvrir un échange entre parents et enfants, à propos de la perte d'un être cher. Dans le film, Johan n’arrive pas à comprendre où est sa mère, son père ne lui en parle pas, alors il va chercher toute seul une réponse à son tourment. Même si il ne faut certainement pas tout dire aux enfants, il est nécessaire - même si cela n'est parfois pas facile - de répondre à leurs interrogations, et un film comme celui-ci peut aider à amener un dialogue, avec un peu de légèreté.