[Critique] La Légende de Manolo

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Le film

Depuis la nuit des temps, au fin fond du Mexique, les esprits passent d’un monde à l’autre le jour de la Fête des Morts. Dans le village de San Angel, Manolo, un jeune rêveur tiraillé entre les attentes de sa famille et celles de son cœur, est mis au défi par les dieux. Afin de conquérir le cœur de sa bien-aimée Maria, il devra partir au-delà des mondes et affronter ses plus grandes peurs. Une aventure épique qui déterminera non seulement son sort, mais celui de tous ceux qui l’entourent.

La Légende de Manolo est sorti sur nos écrans ce 22 octobre, en 2D et en 3D relief dans les salles équipées !

Notre avis

Manolo et son meilleur ami, Joaquin, tout aussi courageux que lui, n’ont rien de Princes Charmants au sens traditionnel du terme, et l’objet de leur affection n’est pas non plus une princesse ordinaire : La Légende de Manolo est en effet un conte de fées qui ne suit pas vraiment les règles du genre. Inspiré des grands mythes classiques, le film mêle aventure, action, comédie, romance et musique dans un film marqué par le style visuel unique de Jorge R. Gutierrez.

Le projet est né d’une amitié. Le producteur Brad Booker, responsable du développement chez Reel FX, connaissait J.Gutierrez depuis plus de dix ans et avait très envie de travailler avec lui. Gutierrez a immédiatement pensé au célèbre réalisateur, producteur et romancier Guillermo del Toro, qui comme lui est originaire du Mexique, pour les accompagner sur ce projet.

La Légende de Manolo rend hommage au Mexique, en donnant une image originale et nouvelle de ce pays, de ses habitants et de ses traditions... tout en s'adressant aux spectateurs du monde entier. Si le film porte la patte de son réalisateur et de sa culture, l'histoire qu'il nous raconte est universelle. Parmi les nombreuses traditions explorées figure le Jour des Morts, une fête qui célèbre ceux qui nous ont précédés. Il s’appuie sur la croyance que tant que l’on perpétue le souvenir des morts, que l’on raconte leur histoire, que l’on cuisine leurs plats et que l’on entonne leurs chansons, alors ils sont toujours près de nous et continuent à vivre dans notre cœur.

L'histoire débute dans un musée, où une mystérieuse guide baptisée fait visiter les lieux à un groupe d’enfants turbulents qui préféreraient se trouver n’importe où ailleurs. Mais elle leur réserve une surprise : elle les emmène dans une salle secrète où elle leur révèle la magie du Livre de la Vie qui va les transporter à San Angel...

Le style du film est inspiré de l’artisanat mexicain et du folklore latino-américain, dont J.Gutierrez est passionné. En étroite collaboration avec le réalisateur, Simón Vladimir Varela a créé trois univers : San Angel (le Pays des Vivants) semble sortie tout droit d'un western-spaghetti avec des décors desséchés par le soleil, le Pays des Âmes Chéries est au contraire joyeux et (ultra) coloré tandis que le Pays des Âmes Oubliées baigne dans l'obscurité et le désespoir.

La forme carrée a présidé à la création de nombreux personnages et de leur univers. Les personnages ont ainsi eux aussi été stylisés. A quelques exceptions, les personnages sont en bois, l’un des plus grands défis auxquels l’équipe a été confronté a consisté à faire en sorte qu'ils aient l’air vivants, palpables et puissent exprimer des émotions, mais sans être trop photo-réalistes ou avoir l'air de morts-vivants... Pari réussi, le résultat surprend au premier coup d’œil mais colle parfaitement à l'atmosphère et à l'histoire du film !

Visuellement et au niveau de l'animation, le film est une vraie réussite. L'animation est de très bonne qualité. La 3D relief est très bien utilisé, avec des effets de profondeur judicieux qui immergent le spectateur sans jamais en faire trop. Techniquement le film n'atteint (logiquement) pas le niveau des studios tels que Pixar ou DreamWorks, mais plutôt que de vouloir en faire "trop", l'équipe du film semble s'être fixée des limites qu'elle exploite à fond sans chercher à les dépasser et le résultat est à la hauteur.

Manolo est le coeur et l’âme du film. Issu d’une longue lignée de toréadors, il a le potentiel de devenir le plus grand matador de tous les temps, mais ce qu’il veut vraiment c’est jouer de la guitare et chanter. L’objet de l’affection de Manolo, Maria, est une jeune femme indépendante et déterminée qui aime s’amuser. Joaquin, le second prétendant de Maria, est le héros de la ville ; son épaisse moustache et son large torse couvert de médailles font chavirer les jeunes filles, mais comme Manolo, il n’a d’yeux que pour Maria.

Pas forcément très original, ce triangle amoureux peut compter sur deux autres protagonistes pour venir jouer les trouble-fêtes. Le couple de divinités formé par La Muerte et Xibalba a en effet fait un pari, et les enjeux ne pourraient pas être plus élevés. Fermement convaincue de la bonté fondamentale des humains, La Muerte mise sur Manolo. S’il remporte la main de Maria, elle continuera à régner sur le Pays des Âmes Chéries et Xibalba devra cesser de fourrez son nez dans la vie des humains. Ce dernier est le dieu ailé qui règne sur le monde désolé du Pays des Âmes Oubliées. Tandis que sa compagne est faite de délicieuses sucreries, il est constitué de goudron et de toutes les matières les plus dégoûtantes au monde...

Un toréador, un grand général, une belle demoiselle que tout le monde convoite, un pacte maudit, une guitare... sans oublier aussi un vrai vilain méchant : les personnages sont relativement clichés mais plus que tout ils sont attachants, et on se laisse emporter à leurs côtés dans cette belle histoire.

La musique joue un rôle essentiel dans La Légende de Manolo. Elle est l'oeuvre du compositeur oscarisé Gustavo Santaolalla qui signe ici son premier film d’animation. Grop coup de coeur en particulier pour les nombreuses reprises (totallement inattendues) de grands classiques de Mumford and Sons, Elvis Presley, Radiohead ou bien encore Rod Stewart. G.Santaolalla a aussi écrit de très belles chansons originales avec l’auteur-compositeur primé Paul Williams. J.Gutierrez déclare ainsi «La musique du film s’inspire de toutes les cultures et de toutes les époques. L’histoire se déroule dans le passé, mais la musique est moderne. Manolo s’empare de «l’air» du temps.»

En conclusion

La Légende de Manolo se déroule au Mexique, mais sa musique, ses émotions, son humour et ses thèmes sont universels : un triangle amoureux, une ville qui se bat contre un ennemi redoutable, un héros qui n'est pas celui qu'on croit... et le fantastique qui s'en mêle ! Son scénario n'est peut-être pas très original et ses personnages un peu «clichés», mais le suspense est là, le film est drôle, absurde et décalé... parfaitement dans le ton pour la saison d'Halloween.

Sous ses airs noirs, le film est en fait joyeux, plein d'espoir et d'optimisme. Il plaira aux enfants (à partir de 6/8 ans) comme aux plus grands. Rempli d'humours, bourré de bonnes trouvailles et de références à d'autres contes ou à d'autres films (d'animation ou pas), La Légende de Manolo nous offre une très belle vision du monde des morts qui nous rappelle que tant qu'un être cher est présent dans nos coeurs c'est qu'il vit, quelque part... une très bonne surprise à découvrir sans hésiter !