[Critique] Les Boxtrolls

Le film

Cheesebridge, une ville huppée de l’époque victorienne, dont la principale préoccupation est le luxe, la distinction et la crème des fromages les plus puants... Sous le charme de ses rues pavées, se cachent les Boxtrolls, d’horribles monstres qui rampent hors des égouts la nuit pour dérober ce que les habitants ont de plus cher : leurs enfants et leurs fromages. C’est du moins la légende à laquelle les gens de Cheesebridge ont toujours cru. En réalité les Boxtrolls sont une communauté souterraine d’adorables et attachantes créatures excentriques qui portent des cartons recyclés comme les tortues leurs carapaces.

Alors qu'ils deviennent soudainement la cible d’un infâme dératiseur Archibald Trappenard qui voit dans sa disposition à éradiquer les trolls son ticket d’entrée au sein de la bonne société de Cheesebridge, la bande de bricoleurs au grand coeur doit alors se tourner vers un petit humain orphelin qu'ils ont élevé depuis le berceau, Oeuf, ainsi qu’une jeune fille de la haute qui n’a pas froid aux yeux, Winnie, afin de concilier leurs deux mondes, au gré des vents du changement... et du fromage !

Notre avis

Après Coraline en 2009 et L'étrange pouvoir de Norman en 2012, les studios Laika nous invitent cette année à découvrir Les Boxtrolls et leur étrange univers...

Si leurs deux précédents films étaient ancrés dans la réalité contemporaine de l’Amérique, saupoudrée de surnaturel, Les Boxtrolls est un film d’époque où enquête policière, comédie de l’absurde et aventure effrénée viennent se mêler à une magnificence visuelle et un fond réellement touchant. «On est à mi-chemin entre Charles Dickens et Roald Dahl avec une touche des Monty Pythons» explique ainsi Travis Knight, le patron des studios Laika. Le réalisateur Anthony Stacchi surenchérit : «C'est la combinaison parfaite entre le scénario et la façon dont nos studios fonctionnent ; l’histoire de créatures magiques qui surgissent de leurs cartons pour vous apporter du rêve».

Le film est l'adaptation d'un livre de la série d’aventures fantastiques à succès d'Alan Snow, Les Chroniques De Pont-aux-rats. Cela faisait une dizaine d’années que Laika préparait ce projet. Les 500 pages du roman ont constitué un matériau de base conséquent pour l’exploration des relations familiales ou bien encore la notion de lutte de classes, qui sont au cœur du film.

Les Boxtrolls est l’histoire d’une période de transition entre l’enfance et l’adolescence. Nos jeunes héros vont découvrir qui ils sont, d’où ils viennent, ce qu’ils veulent devenir. Ils apprendront que chaque individu se définit par ses choix et son entourage. Le monde des enfants n’est pas spécialement accessible pour ceux qui n’en font pas partie, mais parfois il nous aide à nous rendre compte des barrières que la société a mises en place et nous permet d’y redéfinir notre position. Oeuf et Winnie ont beau avoir 11 ans, les décisions qu’ils vont prendre vont modifier et améliorer leur société dans son entier...

Avec ses 79 plateaux et plus de 20 000 accessoires faits entièrement à la main, Les Boxtrolls est la plus grosse production jamais envisagée dans le monde de la stop-motion. Quand on pense animation on imagine toujours graphisme et numérisation, mais chez Laika, l’accent est mis sur l’artisanat... une combinaison subtile d’illustration, de croquis, de peinture, de photographie, d’éclairage, de modelage et de musique. Les subtilités des personnages, leur palette de jeu et leurs caractéristiques humaines vont encore plus loin que ce nous avions pu voir jusqu'à présent. La fusion entre la stop motion et les effets spéciaux numériques atteint ici un niveau de réalisme impressionnant.

Pour les décors, le directeur artistique et son équipe ont œuvré afin de donner forme à l’univers Victorien du film. Il n’était pas rare de voir les animateurs traîner des heures sur ces décors en chantier afin de s’imprégner de l'ambiance du film.

Le saviez-vous ? Pour une à deux minutes de pellicule il faut environ une semaine de travail, une seule prise peut prendre jusqu’à une demi-heure de mise en place. Une bonne journée équivaut à une mise en boîte d’une séquence de deux secondes. Un travail de précision que l’on ne trouve qu’en stop-motion.

La bande originale composée par l’oscarisé Dario Marianelli constitue également une des réussites du film. Les arrangements sonores de Ren Klyce et Tom Myer ont ajouté le côté mécanique, propre aux Boxtrolls. À grand renfort de boîtes de conserve, d’ampoules et de scies, la sonorité du film a pu trouver son identité propre.

Du côté du casting vocal original, on retrouve du beau monde. Pour que les personnages prennent vie, il faut avant tout qu’ils trouvent leur voix, et c’est pour cela que la synchronisation vocale avec les acteurs constitue la première étape du travail. Ben Kingsley a ainsi prêté sa voix à Archibald Trappenard, Nick Frost à Mr. Truite, Tracy Morgan à Mr. Grattons, Isaac Hempstead à Oeuf ou bien encore Elle Fanning à Winnie. Les techniciens de l’animation viennent ensuite y ajouter leur talent...

En conclusion

Touchant et attachant, épique et parfois effrayant, visuellement parfait, Les Boxtrolls est une nouvelle réussite des studios Laika... à découvrir dès maintenant dans nos salles !

«L’animation est un moyen, pas un genre. Le genre est un terme limitatif, figeant toute possibilité créative, alors que l’animation est un médium visuel dont la seule limite est l’imaginaire de ses praticiens. Chez Laika, en mêlant le savoir-faire de l’animation à une palette de projets ambitieuse, la stop-motion tend vers l’art. C’est une véritable famille où chacun s’applique à partager une appréhension différente du monde, qui s’appuie sur des contraintes audacieuses. Cette richesse transpire dans tous les plans.» Travis Knight