[Critique] Cendrillon

Le film

Le père d’Ella, un marchand, s’est remarié après la mort tragique de la mère de la jeune fille. Pour l’amour de son père, Ella accueille à bras ouverts sa nouvelle belle-mère et les filles de celle-ci, Anastasie et Javotte. Mais lorsque le père d’Ella meurt à son tour, la jeune fille se retrouve à la merci de sa nouvelle famille, jalouse et cruelle. Les trois méchantes femmes font d’elle leur servante, et la surnomment avec mépris Cendrillon parce qu’elle est toujours couverte de cendres. Pourtant, malgré la cruauté dont elle est victime, Ella est déterminée à respecter la promesse faite à sa mère avant de mourir : elle sera courageuse et bonne. Elle ne se laissera aller ni au désespoir, ni au mépris envers ceux qui la maltraitent...


Cendrillon • Bande-annonce VF

Sorti ce mercredi 25 mars sur nos écrans, Cendrillon est à retrouver actuellement dans les salles...

Notre avis

Les studios Walt Disney souhaitaient depuis longtemps porter une nouvelle version de Cendrillon sur grand écran afin de faire redécouvrir ce conte intemporel au public du XXIe siècle.

Le film d’animation éponyme, qui raconte l’histoire d’amour féérique d’une héroïne opprimée qui voit ses rêves se réaliser, a marqué un tournant dans l’histoire des studios Disney. Avec un budget de près de 3 millions de dollars, ce film représentait à l’époque un énorme risque financier pour le studio, mais à sa sortie en 1950 il a été unanimement acclamé par la critique et le public, et a rapporté plus de 34 millions de dollars, imposant ainsi les studios Disney comme un acteur majeur de l’industrie. Aujourd’hui, 65 ans plus tard, Cendrillon est l’un des joyaux du studio. Il fait partie des 10 plus grands films d’animation de tous les temps recensés par l’American Film Institute et fait figure de pilier de la culture populaire américaine.

La plupart des gens ont découvert ce conte de fées à la sortie du dessin animé en 1950, mais les origines de son héroïne opprimée remontent au Ier siècle et à la première version connue de l’histoire : le conte égyptien Rhodopis de l’historien grec Strabo. En 1697, le conteur français Charles Perrault a publié sa version de l’histoire, baptisée Cendrillon ou la petite pantoufle de verre, dans laquelle apparaissent le personnage de la Fée Marraine, la citrouille transformée en carrosse et le soulier de verre.

Kenneth Branagh, aussi à l’aise pour adapter William Shakespeare (Hamlet) ou une bande dessinée Marvel (Thor), est l’un des réalisateurs les plus talentueux et les plus respectés de sa génération. Il n’avait jamais envisagé de réaliser un conte de fées jusqu’alors, mais la lecture du scénario de Chris Weitz a trouvé un écho en lui. Pour rendre le film pertinent pour le public contemporain, la capacité du réalisateur à transmettre les notions clés de l’histoire que sont la bonté et la compassion était en effet fondamentale.

«Nous n’avons pas essayé à tout prix de réinventer l’histoire de Cendrillon, mais nous nous sommes attachés à souligner ce qui nous semblait important. Nous tenions à montrer au public que dans cet univers merveilleux, la bonté et la loyauté tiennent une place centrale.» explique le scénariste.

Là où le film de 1950 ne racontait rien ou presque du passé de Cendrillon, ici on découvre la jeunesse de Ella, ses parents, l'arrivée de Mme de Tremaine et de ses filles... autant d'éléments qui donnent de la profondeur à l'ensemble des personnages. On comprend ainsi réellement le caractère éminemment bon et altruiste de celle qui deviendra Cendrillon qui le tient de ses parents ou encore la personnalité complexe de sa belle-mère.

Respirant la gentillesse et l’innocence, Lily James EST Cendrillon. Connue du public pour son rôle dans la série Downton Abbey, la jeune actrice insuffle bonté et émotion à la (future) princesse.

Le rôle de la terrifiante et incomprise belle-mère de Cendrillon est interprété par Cate Blanchett. L'actrice incarne à la perfection cette élégante veuve malmenée par la vie et envieuse de la jeunesse, de la beauté et du charme d’Ella. Si dans le dessin-animé sa personnalité et son passé n'étaient pas évoqués, ici on découvre un personnage plein de nuances et de faiblesses et bien plus complexe qu'il n'y parait. Les demi-sœurs, Anastasie et Javotte, sont interprétées avec brio par Holliday Grainger et Sophie McShera, et confèrent au film une vraie touche comique tant par leur maladresse que par leur inconvenance.

Loin du personnage superficiel et linéaire du film d’animation dont le public se souvient, le prince - incarné par Richard Madden - développe ici une vraie personnalité à laquelle Ella s'attache. Là où les personnages masculins occupent trop souvent le second plan dans les contes de fées, on découvre ici Kit, un jeune homme aussi bienveillant et passionné qu’il est séduisant et intelligent. On découvre aussi la notion de «mariage d'amour» où les deux protagonistes apprennent à se découvrir et à s'aimer, absente il y a 65 ans.

Comme dans le dessin animé de 1950, la belle-mère conspire avec le Grand Duc - joué par Stellan Skarsgård -, un proche rusé et pragmatique de la famille royale. Cette sous-intrigue donne au film un ton un peu plus mature, là où le conte et l'intrigue principale restent très enfantins.

La Fée Marraine est une femme délicieusement excentrique, et l’un des personnages du dessin animé préférés du public. L'incontournable Helena Bonham Carter livre une prestation très fidèle au personnage de 1950, tout en lui insufflant un vent de modernisme.

Les animaux en revanche sont relégués au second plan. Les apparitions de Lucifer se font rare. Les souris se font plus discrètes et ne parlent plus, même si leur présence se révèle cruciale à plusieurs moments du film. Souris, mais aussi oie et lézards ont également droit à leur petit moment de gloire quand il s'agit d'emmener Cendrillon au bal... mais chut, je n'en dis pas plus !

Le tournage du film a eu lieu dans les studios de Pinewood ainsi qu’à Londres et dans ses environs. Cendrillon étant un conte de fées intemporel qui se déroule dans un lieu imaginaire, la production a fait le choix de ne pas ancrer l’histoire dans une époque précise. L'équipe du film a ainsi pu faire preuve de créativité et laisser libre cours à son imagination afin de créer un monde totalement magique.

K.Branagh tenait à ce que le film déploie une opulence à la hauteur d’un royaume de conte de fées, où une place de choix serait laissée à la magie et aux tours de la Fée Marraine, sans pour autant sacrifier à la crédibilité des décors. Ainsi de très nombreux environnements ont été (re)construits, de l’extérieur du palais royal avec son immense escalier principal à la maison où grandit Ella. La pièce maîtresse du film, l’immense salle de bal du palais, mesure 140 mètres de long sur 32 mètres de large. Elle comprend un sol de marbre importé, un imposant escalier, des rideaux faits de près de 2 kilomètres de tissu et 17 énormes lustres fabriqués sur mesure en Italie.

Élaborer les costumes du film a également été une phase cruciale, et la très réputée chef costumière Sandy Powell a relevé ce défi et réalisé des centaines de costumes différents. La robe de bal de Cendrillon est faite de près de 250 mètres de tissu et de plus de 10 000 cristaux, elle comporte plusieurs jupons et il a fallu près de 5 kilomètres de coutures pour l’assembler. La robe de la Fée marraine a été créée avec 120 mètres de tissu, 400 LED, des milliers de cristaux et fait près de 1,20 mètre de large.

Alors que le dessin animé reposait beaucoup sur les chansons, ici celles-ci sont avant tout suggérées sous forme de clins d’œil en arrière-plan. L'éventuel risque aurait été que celles-ci transforment le film en comédie musicale, ce qui n'était pas la volonté de l'équipe. Le choix de s'en passer est donc assumé et parfaitement judicieux, et le film n'en souffre aucunement... Seul le générique de fin est chantant, l'occasion d'entendre Helena Bonham Carter ou bien encore Lily James réinterpréter quelques airs connus. Dans la version française, Anaïs Delva interprète «Toi» (adaptation de «Strong» chantée par Sonna Rele en version originale), une chanson définitivement 100% Disney !

En revanche, la musiquée signée Patrick Doyle - connu pour les bandes originales de Harry Potter et la coupe de feu ou bien encore le film Disney•Pixar Rebelle - tient une place importante. Le compositeur signe ici une partition royale aux accents lyriques, passant de musiques d'ambiances joyeuses à des thèmes plus mélancoliques, sans oublier de très nombreux airs de valse donnant lieu à de magnifiques danses.


Lily James - A Dream is a Wish Your Heart Makes (from Disney’s "Cinderella")

En conclusion

Inspiré par le célébrissime conte de fées, Cendrillon, le nouveau long métrage des studios Disney, donne vie en prises de vues réelles aux images intemporelles du chef-d’oeuvre d’animation créé par ces mêmes studios en 1950 et parvient même à les sublimer en y ajoutant des petits éléments qui font la différence : un passé et une enfance à Ella, un prince avec une (vraie) personnalité, une marâtre vraiment odieuse mais dont les motivations sont plus explicites ou bien encore une intrigue secondaire sur fond de politique. Les personnages incarnés prennent toute leur dimension dans un spectacle époustouflant qui réjouira une nouvelle génération de spectateurs. Toute l'équipe du film - du réalisateur aux acteurs, en passant par les décorateurs ou les couturières - a fait en sorte de remettre au goût du jour ce conte intemporel, tout en gardant l'héritage et la magie du grand classique, et le résultat est réellement authentique.

Si le côté «enfant» du dessin animé - avec les animaux et les chansons - s'efface un peu, il reste suggéré au travers de clins d’œil bienvenus. Le casting et la réalisation sont au top, la musique est enchantée, les images sont époustouflantes... Mélange d’humour, de romantisme et d’aventure, Cendrillon est un film magnifique, un sublime conte de fée signé Disney qui séduira tous les (grands) enfants qui sommeillent en nous.

1 commentaire

  1. #1 fouaise

    toujours aussi pertinent . bravo
    Beau résumé Doit être bien à voir.