[Critique] Shaun le mouton, le film

Le film

Shaun est un petit mouton futé qui travaille, avec son troupeau, pour un fermier myope à la ferme Mossy Bottom, sous l’autorité de Bitzer, chien de berger dirigiste mais bienveillant et inefficace. La vie est belle, globalement, mais un matin, en se réveillant, Shaun se dit que sa vie n’est que contraintes. Il décide de prendre un jour de congé, avec pour cela un plan qui consiste à endormir le fermier. Mais son stratagème fonctionne un peu trop bien et il perd rapidement le contrôle de la situation. Une chose en entraînant une autre, tout le troupeau se retrouve pour la première fois bien loin de la ferme et plus précisément : dans la grande ville.

Comment survivre en ville quand on est un mouton ? Comment éviter d’être reconnu et donc échapper aux griffes acérées de Trumper le terrifiant responsable de la fourrière ? Cette plongée urbaine sera pour le troupeau une course à 100 à l’heure, pleine d’aventures incroyables où Shaun va croiser la route d’une petite chienne orpheline Slip, qui rêve d’avoir des parents et lui fera réaliser qu’il serait finalement bien plus heureux avec sa famille de moutons, à la ferme...


Shaun le mouton • Bande-annonce française

Shaun le mouton est à découvrir dés maintenant dans les salles...

Notre avis

Sorti de l'esprit des créateurs de Aardman Animations, la première apparition de Shaun le mouton remonte à 1995, dans le court métrage oscarisé de Nick Park Wallace & Gromit : Rasé de près. Shaun avait certes un rôle modeste – mais important tout de même – dans l’histoire, puisqu’il venait à l’aide de Gromit, incarcéré pour vol de moutons. Par la suite, on a vu Shaun dans des publicités, des livres, des cartes de vœux mais il a fallu attendre une dizaine d’années avant qu’il ne décroche un rôle majeur... une série à part entière.

L'univers de la série a été créé par Richard «Golly» Starzak, qui co-réalise également le film. Au début, le contexte était celui d’une usine : le fermier était le patron, Bitzer - un chien un peu trop zélé - était le chef d’équipe qui se tape tout le sale boulot, et le troupeau de moutons les ouvriers. Rapidement, il était évident qu’ils formaient une famille : le fermier en père, Shaun en frère cadet, et Bitzer en aîné qui tente de superviser ses frères dissipés pour qu’ils soient sages. La série était née... Le premier épisode a été diffusé en 2007, et à ce jour ce sont 4 saisons et 140 épisodes qui ont déjà été livrés.

Devant l’immense succès de la série dans le monde entier, les producteurs ont commencé à considérer l'idée d'un long métrage. Mais comment transposer une série d’épisodes de 7 minutes, racontant chacun une histoire assez simple, en un film dix fois plus long dont l’intrigue est nécessairement plus complexe ? Quelle histoire raconter ? Était-il envisageable de faire de Shaun un personnage séduisant un public plus large, afin de toucher les enfants un peu plus grands, voire les adultes ? Autre obstacle : si l’absence de dialogues ne posait pas de problème dans les courts épisodes de la série, pouvait-on captiver l’attention du spectateur, avec un dispositif similaire, pendant plus d'une heure ?

Si Shaun, le Fermier et Bitzer étaient les principaux protagonistes de la série télé, les auteurs ont convenu, à l’unanimité, qu’il fallait davantage de personnages pour nourrir une intrigue de long métrage. La production a commencé par le troupeau. «Dans la série, on n’avait pas le temps de s’intéresser aux membres du troupeau. A l’exception de Shirley, qui passe son temps à manger, et du petit Tommy (à qui une série télé, pour les tout-petits, est consacrée), c’était une troupe de personnages interchangeables.» explique Golly. Pour le film, ils ont tous été baptisés, et une personnalité a été créée pour chacun que l'on découvre tout au long du film. Les auteurs ont également imaginé de nouveaux personnages parmi lesquels le grand "méchant" du film Trumper, voleur d’animaux à la mâchoire carrée et aux larges épaules, ou bien encore Slip, adorable petite chienne orpheline.

L'environnement a lui aussi grandi. De la petite ferme bien connue des spectateurs, tout ce beau monde se retrouve à la (grande) ville où forcément il va leur arriver des aventures toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Shaun qui en a marre du paternalisme du fermier et voudrait un peu de liberté va découvrir que tout n'est pas si rose et que le danger guette... Si en plus le fermier perd la mémoire et ne reconnait plus ses animaux, le retour à la maison s'annonce laborieux...

L'un des plus grands défis à relever pour le film a très certainement été son absence de dialogue... Le film n'est pour autant pas totalement muet (les personnages ont même chacun une "voix") mais ce sont plus des borborygmes ou des interjections qui sont prononcés. Ainsi, l'histoire, les rebondissements, le suspense, l'humour, l'émotion... absolument tout transite par les images et par le langage corporel, à l'instar du début du film WALL•E dont les créateurs reconnaissent s'être largement inspirés. Si The Artist a prouvé qu'un film muet pouvait fonctionner encore aujourd'hui, celui-ci s'inspirait plus des films des années 30. Shaun le mouton est définitivement un film de son temps, dont l'humour et les situations sont résolument modernes, et qui parvient à nous transporter et nous captiver pendant 1h20... chapeau !

Cette absence de dialogue combinée à un univers familier, entre ville et ruralité, rend le film multi-culturel. Alors que Wallace & Gromit est marqué par un humour et une atmosphère typiquement "british", ici les scénaristes créent des histoires et des personnages adaptés au monde entier. Ce n'est donc pas anodin si la série est plébiscitée partout, que ce soit en Angleterre, en France mais aussi en Chine, au Japon et même au Moyen-Orient. En outre, Shaun le mouton est ponctué de très nombreux clins d’œils et références, culturelles en général, cinématographiques en particulier (à l'instar de la scène de la fourrière où un chat se comporte comme Hannibal Lecter).

Cerise sur le gâteau, le film est servi par une bande originale fort sympathique, pleine de classiques issus de la pop-culture, sans oublier un remix de la chanson bien connue de la série, «Life’s a Treat».

Aardman Animations est indéniablement LA référence mondiale pour la claymotion (comprenez, l'animation à base de pâte de modeler) à laquelle il a donné ses lettres de noblesse avec des films comme Chicken Run ou Wallace et Gromit.

Là où les précédents longs-métrages du studio, notamment Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout ou Mission : Noël - Les aventures de la famille Noël, alliaient la claymotion à de l'animation par ordinateur (difficile en effet de réaliser des effets aquatiques ou de neige avec de la pâte à modeler) et tendaient vers un peu plus de réalisme, ici les créateurs ont fait le choix délibéré (et parfaitement maitrisé) de revenir à une animation et des décors plus traditionnels. Cela se ressent parfois sur les travellings et les plans larges (notamment de la ville) où le côté «pâte à modeler» est bien visible, mais cela ne gâche en rien notre plaisir bien au contraire. L'animation est parfaitement maitrisée et le film ne souffre d'aucune fausse note visuelle.

Pour l'anecdote, le film compte 1 051 plans d’effets visuels (sur 549 777 au total). Il s’agit aussi bien de petites corrections que d’effets infographiques beaucoup plus ambitieux.

L'autre grande différence avec les films précédents se situe au niveau de l'écriture et du scénario. Ici point d'aventure épique, de quête ou de chasse au trésor... sans être exempt de rebondissements, le scénario s'apparente plus à un épisode de la série qui aurait été étiré et peut se résumer en quelques mots. La force du film est donc à chercher ailleurs, notamment dans les personnages, dans l'ambiance et l'atmosphère, et surtout dans l'humour qui se dégage du film... et sur tous ces aspects, Golly et son équipe ne nous déçoivent pas, bien au contraire !

Après DreamWorks et Sony, Aardman s'associe pour la première fois avec la société de production et de distribution française StudioCanal. Même si Peter Lord indique qu'il se battra toujours pour que ses films soient distribués aux États-Unis, il reconnait que cette première association avec un producteur européen leur a offert plus de liberté, et qu'ils n'ont pas senti en permanence une obligation de devoir s'adapter à la culture américaine comme cela a pu être le cas par le passé avec les studios hollywoodiens.

Le saviez-tu ?
• 21 marionnettes de Shaun ont été fabriquées au total, sachant que la fabrication de l’une d’entre elles prend une dizaine de jours. Au total, 354 marionnettes ont été utilisées pour les besoins du film (157 humains et 197 animaux, dont 116 moutons !)
• Une équipe de 17 animateurs et une trentaine de maquettistes ont travaillé sur le film. Chaque animateur tournait entre 2 et 3 secondes de film utiles par jour, ce qui peut sembler ridicule mais demande déjà un travail considérable.


Shaun le mouton • Extrait "Restaurant"

En conclusion

Dans la grande tradition des productions Aardman, Shaun le mouton nous réserve des aventures trépidantes et hilarantes, des gags irrésistibles qui s’enchaînent à vive allure, des rebondissements inventifs et des moments de pure comédie. Un film réjouissant et divertissant pour toute la famille... à découvrir dans les salles.

«Nous sommes convaincus que le public va transhumer en masse pour voir les aventures de Shaun. C’est le film le plus hilarant de l’année, tout bêêêêêtement !» indique un porte-parole d’Aardman qui a souhaité rester anonyme, mais à qui on ne donnera pas tort !