[Critique] A la poursuite de demain

Le film

Unis malgré eux par le destin, Frank Walker, un inventeur désabusé, et Casey Newton, une adolescente passionnée par les sciences au caractère bien trempé, s’embarquent pour une quête périlleuse qui va les conduire dans un mystérieux univers parallèle où rien n’est impossible. Ce qu’ils vont y découvrir changera le monde – et eux-mêmes – à jamais...

Signé Disney, A la poursuite de demain est sorti dans nos salles le 20 mai dernier...

Les origines du projet

Tout a commencé avec une boîte sur laquelle était inscrite la date «1952», découverte par hasard dans les archives des studios Disney. Ce mystérieux écrin contenait toutes sortes de documents fascinants – des plans, des schémas, des maquettes, des photos et des lettres – liés à la création de Tomorrowland et à la Foire internationale de New York, l’exposition universelle de 1964. Damon Lindelof a alors imaginé qu’il s’agissait du guide d’un lieu secret ignoré de tous, un lieu réel baptisé Tomorrowland. C’est ainsi qu’est née l’histoire du film, qu’il a ensuite développée avec le réalisateur et producteur Brad Bird et le producteur exécutif Jeff Jensen.

Cinq bonnes raisons de voir le film

Il y a plein de bonnes raisons d'aller voir A la poursuite de demain, mais puisqu'il faut faire des choix je vous en donne cinq... A vous de découvrir les autres !

1ere raison : la vision optimiste du "monde de demain" voulue et imaginée par Walt Disney

À l’origine, Tomorrowland est une section du parc Disneyland, le premier parc créé par Walt Disney en 1955. À cette époque, les Américains se faisaient une idée très optimiste du futur. Mais au fil du temps, cette vision s’est peu à peu assombrie. B.Bird commente : «Il existe deux manières de se représenter un territoire vierge : soit comme un espace vide, soit comme une porte ouverte sur le champ des possibles. Et c’est cette deuxième option qui correspond le mieux à ma conception du futur : j’aime y voir des possibilités infinies. Malheureusement, cette façon de voir les choses n’a plus la cote aujourd’hui.» Ce changement a interpellé le scénariste et producteur D.Lindelof, et lorsqu’il a commencé à imaginer l’histoire de A la poursuite de demain, il s’est interrogé sur la manière de la retranscrire sur grand écran. «Je tenais à retrouver cet optimisme sans bornes» confie-t-il.

Walt Disney était un vrai futuriste au sens moderniste où on l’entendait au milieu du XXe siècle. Très optimiste, il était persuadé que la technologie était la clé d’un monde meilleur. Il pensait aussi que c’était un formidable moyen de créer d’incroyables divertissements. Pour l’exposition universelle de 1964, Disney a créé plusieurs attractions, dont le célébrissime «It’s a Small World».

Le succès de ces attractions a permis à Walt Disney de réunir les fonds nécessaires à la création de l’Experimental Prototype Community of Tomorrow, ou EPCOT. Disney voulait créer une ville futuriste en termes de développement et d’organisation urbaine, où technologie et urbanisme s’allieraient pour donner naissance à un environnement idéal. Walt Disney est malheureusement décédé avant qu’EPCOT ne voie le jour. Le concept de cette communauté du futur a été transformé en «Foire internationale permanente». Le parc, situé à Lake Buena Vista, en Floride, est toujours en activité aujourd’hui.

2e raison : les nombreux clins d'oeils et références historiques et culturels, Disney... mais pas que !

The Walt Disney Company a créé plusieurs attractions pour l’exposition universelle de New York en 1964. «It’s a Small World» est celle dont le public se souvient le mieux. «Il régnait à l’époque un formidable optimisme. Nous étions en 1964. Le monde était passé à deux doigts de la catastrophe thermonucléaire avec la crise des missiles à Cuba, et la chanson «It’s a Small World» a été écrite en réponse à cette guerre évitée de peu pour promouvoir l’amitié entre les peuples. Les paroles – «It’s a world of hopes and a world of fears» [«C’est un monde d’espoirs et un monde de peurs»] – expriment cette angoisse. Je suis fasciné par le thème très anxiogène de cette chanson qui semble aujourd’hui si enfantine et sentimentale. Elle délivrait à l’époque un message politique fort et en même temps idéaliste.» explique ainsi D.Lindelof. L'attraction correspond également à un moment-clé de l'intrigue du film.

Bien que désuètes au vu des standards d’aujourd’hui, le «Carousel of Progress» et «Great Moments with Mr. Lincoln» représentaient à l’époque une véritable révolution car elles faisaient appel aux techniques dites «animatronics» pour laisser un souvenir impérissable aux visiteurs.

Dans l’histoire, une recherche sur Internet conduit Casey à Houston au Texas, dans une boutique baptisée «Blast from the Past». L’équipe du film a pris beaucoup de plaisir à créer le décor empreint de nostalgie de cette étrange boutique de comics tout droit sortie du passé. L’ensemblière Lin MacDonald a passé plusieurs mois à rassembler les milliers d’articles de collection (qu’ils aient été achetés ou créés par la production) et d’originaux – certains provenant même de la collection personnelle de Brad Bird. On y trouve des étagères remplies de BD ainsi que des affiches de films cultes de science-fiction, une figurine originale de Luke Skywalker datant des années 70 et même des accessoires de la série «Cosmos 1999».

3e raison : l'optimisme qui se dégage du film

A la poursuite de demain est l’incarnation de l’esprit pionnier et volontariste de la conquête spatiale des années 50 et 60, quand on pensait que le futur était plein d’espoir et qu’on croyait pouvoir changer les choses sur le plan technologique, politique et social pour créer un monde meilleur. Mais les choses ont changé : aujourd’hui, l’avenir est plus incertain. Nous sommes cyniques vis-à-vis du progrès et pessimistes quant aux possibilités d’amélioration. Le futur est devenu une fatalité, quelque chose dont nous ne sommes plus maîtres.

«Nous avons perdu quelque chose. Le pessimisme est devenu la seule vision acceptable du futur, mais je ne suis pas d’accord. Je trouve que ça a un effet Golem : si tout le monde pense de cette façon négative, alors cela se produira.» déclare ainsi Brad Bird. «Cela engendre une certaine passivité car puisque cela ne sert à rien, personne ne se donne la peine d’agir pour un futur meilleur.»

Le passé n’est évidemment pas parfait, le monde n’était pas tout rose - comme cela a toujours été le cas et comme ça le sera toujours -, mais il était acceptable d’être optimisme, de penser que les choses allaient s’améliorer, que le racisme allait disparaître et que les inégalités seraient réduites. Aujourd’hui on se contente de hausser les épaules... Point d'orgue du film, le discours final de Nix (interprété par Hugh Laurie) dresse avec brio ce constat. Comme le dit le film, «Peut-être devrions-nous nous inspirer davantage de l’optimisme du milieu du XXe siècle et l’appliquer à notre époque. Nous avons tous un rôle à jouer sur cette planète. Nous avons le pouvoir de prendre nos responsabilités et d’inverser la tendance.»

4e raison : un réalisateur engagé et un casting de luxe

B.Bird et D.Lindelof ont écrit le rôle de l’inventeur désabusé Frank Walker avec un seul acteur en tête : George Clooney. Ce dernier s’est d’abord montré intrigué par le projet puis a très vite accepté d’y prendre part. Il confie à propos de son personnage : «Frank est un type grincheux et désabusé, mais c’était un grand rêveur et un vrai petit génie en sciences quand il était enfant. Lorsque tout jeune, il a découvert cette cité incroyable, il pensait avoir trouvé le lieu le plus merveilleux qui soit, un endroit qui allait changer le monde. Mais après avoir compris que ce n’était pas le cas, il devient cynique, il s’isole dans sa ferme et envisage d’y passer le reste de sa vie...»

Pour le rôle du brillant scientifique David Nix, les producteurs ont fait appel à Hugh Laurie, dont ils vantent «l’exceptionnelle intelligence, la part d’ombre et l’humour incomparable». L’acteur raconte : «Je me souviens parfaitement de ma première conversation avec Brad et Damon à propos du pessimisme ambiant. La vie moderne a d’innombrables avantages, mais aucun ne semble nous apporter de sentiment de satisfaction, de triomphe ou d’accomplissement. Brad et Damon m’ont exposé leur extraordinaire vision du futur, à l’opposé du courant de pensée dominant, et j’ai tout de suite été séduit.»

La tranquillité de Frank Walker est troublée par l’intrusion inopportune de Casey Newton. En dépit du nombre d’actrices désireuses de donner la réplique à G.Clooney et H.Laurie, les producteurs étaient conscients que le rôle de Casey serait difficile à attribuer car l’histoire repose pour l’essentiel sur ses épaules. De nombreuses jeunes actrices ont auditionné pour le rôle et c’est finalement Britt Robertson qui l’a obtenu. La jeune actrice insuffle courage et caractère à son personnage. La relation entre Franck et Casey est au cœur du film et s'installe progressivement.

Le réalisateur et scénariste Brad Bird connaît également très bien l’univers Disney, non seulement parce qu'il a réalisé Les indestructibles chez Pixar, mais également parce qu’à l’âge de 11 ans, il a développé un intérêt pour l’animation après avoir visité les célèbres studios. En l’espace de trois ans, il a réalisé un dessin animé de 15 minutes qui a retenu leur attention des studios d’animation Disney, proposant même au jeune homme de 14 ans de lui attribuer un mentor – le célèbre maître de l’animation Milt Kahl. B.Bird s’est alors installé chez un ami de ses parents à Los Angeles pour profiter pleinement de cette opportunité unique

5e raison : Tomorrowland, tout simplement

La cité merveilleuse que l’on découvre dans le film est en effet un hommage au caractère visionnaire de l’attraction Tomorrowland à Disneyland et du parc thématique EPCOT à Disney World, imaginés par Walt Disney dans le but de créer un monde meilleur. Mais beaucoup pensent – bien que cette idée soit généralement qualifiée de mythe – que Walt Disney faisait partie d’un groupe secret de penseurs et d’optimistes, et que cet endroit futuriste existe bel et bien dans une dimension parallèle : il aurait vu le jour grâce aux idées avant-gardistes développées par le groupe.

L’ingénieur français Gustave Eiffel, à qui l’on doit la célèbre tour, vivait dans un appartement privé situé en haut de celle-ci d’où il effectuait des observations météorologiques et menait diverses expériences scientifiques. La légende veut qu’au cours d’une sombre soirée d’automne 1889, il y ait rassemblé trois de ses illustres pairs, l’Américain Thomas Edison, le Français Jules Verne et le Serbe Nikola Tesla, afin de discuter du futur. Cette nuit-là, les quatre hommes auraient, selon certains, formé une organisation ultra-secrète baptisée Nec Plus Ultra qui aurait façonné le XXe et XXIe siècle. Le scénariste D.Lindelof commente : «Ces grands penseurs auraient élaboré un plan pour construire une ville du futur qui ne puisse être contrôlée ni par un gouvernement, ni par des intérêts industriels. Ils voulaient créer la plus grande expérience scientifique utopique au monde.»

L’équipe du film tenait à ce que la ville futuriste de Tomorrowland, construite par de grands visionnaires selon les techniques les plus avancées, soit aussi réaliste que possible. La production pensait initialement la créer de toutes pièces, en dépit du coût et du temps demandés par une telle entreprise. Mais par une série d’heureux hasards, Tom Peitzman, le producteur des effets visuels et coproducteur du film, est tombé sur un spot publicitaire pour une voiture dont les décors étaient si futuristes qu’il l’a enregistrée. Il s’agissait de la Cité des arts et des sciences de Valence, en Espagne, imaginée par Santiago Calatrava, dont le travail était déjà une source d’inspiration pour le chef décorateur Scott Chambliss. Cette découverte répondait également à la préférence du réalisateur pour les décors réels plutôt que virtuels... Tomorrowland existe donc en vrai (en partie en tous cas !).

En conclusion

A la poursuite de demain s’inscrit dans la plus pure tradition des films Disney : il est imprégné des valeurs du studio et mêle inventivité de l’histoire à d’époustouflants effets spéciaux. On en ressort avec l'envie de prendre la première navette (pourquoi pas la Tour Eiffel comme dans le film ?) qui s'offrirait à nous pour rejoindre ce monde, parallèle et utopique mais pourtant tellement réel et proche du nôtre. On aurait peut-être voulu en savoir un peu plus sur les origines de Tomorrowland et comprendre comment ce monde est passé de l'univers parfait (limite utopique) du début à la déchéance de la fin... mais cette absence d'explications laisse la place à l'imagination et au rêve, et c'est là l'un des grandes forces du film !! «On a toujours besoin de rêveurs» disait ainsi Walt Disney dont l'héritage plane sur le film.

Divertissement efficace qui nous transporte dans un univers fantastique à mille lieues de notre vie quotidienne, A la poursuite de demain nous amène aussi à nous interroger en douceur sur le monde qui nous entoure. Le film incarne les deux facettes du futur, ce qu’il peut avoir d’effrayant et ce qu’il peut avoir de merveilleux. Dans tous les cas, l’avenir reste un mystère, et c’est précisément ce qui le rend si fascinant. Que vous ayez 8 ou 80 ans, n'hésitez pas... Brad Bird nous offre un blockbuster intelligent comme on en voit trop peu, à découvrir sans tarder !