Annecy 2015 - Jour 1

Déjà plusieurs semaines que le Festival international du film d’Annecy 2015 a fermé ses portes. Cette 39e édition (la quatrième pour moi) aura été une fois de plus riche en émotions et en découvertes. 6 jours, 14 films, 7 interviews, 2 work-in-progress, 1 folle journée Disney, 2 bagels, de nombreux cafés et (presque) autant de glaces... mais 100% de plaisir. J’avais déjà pu vous donner un (bel) avant-goût sur les réseaux sociaux, le temps est venu de partager avec vous tout ça dans le détail !

Annecy, lundi 15 juin, 9h30... Même si la vue de la chambre n’est peut-être pas aussi sympathique cette année que les précédentes, le fait de savoir que Bonlieu ne se trouve qu’à quelques minutes de marche compense largement !! Après avoir extirpé David – mon colloc’ pour toute cette semaine – de son sommeil, nous retrouvons le reste de l’équipe pour un petit-déjeuner tous ensemble. Le Festival peut commencer !!

Pour ma part, ce lundi sera une des journées les plus chargées de la semaine (mon petit côté masochiste sans doute) avec 5 longs-métrages. Il est 10h30, mon Festival d’Annecy 2015 commence dans la grande salle de Bonlieu. Quel plaisir de retrouver les lieux après 2 ans de travaux... on est vraiment très bien installés et les conditions sont au top pour rester assis tout au long d’une séance (alors que mon postérieur se souvient encore des sièges en béton renforcé des Haras !).

Mais pas le temps de discuter plus, place à la bande-annonce des partenaires suivi du premier teaser des Gobelins – qui mettent cette année les femmes dans l’animation à l’honneur – et place au film...

The Case of Hana & Alice (long-métrage en compétition)

La séance est introduite par le réalisateur Shunji Iwai et le producteur Tomohiko Ishii.

Nouvelle étudiante transférée au collège Ishinomori, Alice entend des rumeurs étranges concernant un meurtre commis par quatre "Judas" l'année précédente. Sa camarade de classe Hana vit juste à côté de chez elle, dans une maison dont tout le monde a peur. Hana, qui a récemment décidé de rester chez elle plutôt que d'aller à l'école, sait sûrement quelque chose à propos du mystérieux meurtre.

Sans être un chef d’œuvre, The Case of Hana & Alice est une bonne surprise qui surprend par son humour et son atmosphère. Il est ultra fun, rempli de séquences drôles et cocasses. Dans une ambiance si chère au cinéma d’animation japonais, le quotidien y côtoie le paranormal et le mystique. Alice – nouvelle en ville – va croiser la route de Hana – paria du collège à la suite d’un malheureux concours de circonstance –. Cette dernière est en effet persuadée d’être responsable de la mort d’un de ses camarades, mais si ce n’était pas le cas ?

Les deux jeunes filles que tout oppose vont tout mettre en œuvre pour faire la lumière sur le secret de Hana : le début d’une enquête entre quotidien et mystique, mais aussi le début d’une amitié. Côté visuel, le film est très beau. Il nous donne en revanche plus l’impression de voir des beaux dessins qu’un film d’animation, cette dernière pêche en effet un peu.

PS : Pensez à chercher l’avion en papier qui s’est glissé dans le film !

Après la séance, nous assistons avec David à la conférence de presse. Très instructive, celle-ci sera l’occasion de glaner de nombreuses informations sur le film...

The Case of Hana & Alice est le premier film d’animation du réalisateur Shunji Iwai, très habitué à la prise de vue de réel. Il s’est impliqué sur le film d’un bout à l’autre de la production : écriture, dessin, réalisation, montage... Dessinateur mais pas animateur, le réalisateur explique que la plus grande difficulté pour lui a été de donner forme et vie aux personnages. Ainsi, en travail préliminaire, le film a été presque entièrement tourné au préalable avec des acteurs. Ces images ont servi de modèles pour faire de la 3D ou de l’animation traditionnelle. Elles ont également été une aide pour reproduire les mouvements ou bien encore définir le centre de gravité des personnages et leurs interactions avec l’environnement.

L’équipe du film était composée de 20 animateurs 3D et de 150 « animateurs » traditionnels dont certains étaient simples dessinateurs à la base (le film était une première pour eux). Comme je le mentionnais plus haut dans mon avis sur le film, cela se ressent sur les dessins que l’on retrouve à l’écran.

La production d’animation japonaise tourne généralement autour de genres très marqués. Une des lignes est le « quotidien ordinaire » que l’on retrouve ici. Pour le réalisateur, l’enjeu principal de l’histoire est l’arrivée d’une jeune fille dans un nouveau collège et son intégration.

L’équipe du film a choisi de nombreux partis-pris graphiques. Parmi eux, on notera l’influence notable du cinéma en prise de vues réelles (renforcée par le fait qu’une 1ere version du film ait été tournée en live) ou bien encore un style pictural, que l’on voit généralement plus souvent dans les productions européennes. Si l’essentiel de l’animation est en 3D, certaines parties ont été animées plus traditionnellement avec notamment l’usage de rotoscopie. Quelques passages sont juste esquissés ou tracés. Enfin, à l’instar du cinéma « live », le réalisateur a fait appels aux ralentis lors de certaines scènes du film pour augmenter la charge émotionnelle.

Sorti début 2015 au Japon, le film a été très bien reçu par le public nippon. A noter que M. Takahata, Cristal d’honneur à Annecy en 2014, a vu le film et l’a trouvé « original et important ». Last but not least, The Case of Hana & Alice porte à l’écran 2 jeunes filles héroïnes. Quoi de mieux pour débuter ce Festival d’Annecy 2015 dont l’un des focus est justement sur les femmes dans l’animation.

Rapide pause déjeuner et direction le Pathé (ex-Décavision pour les habitués) pour le second film de la journée...

Tout en haut du monde (long-métrage en compétition)

1892, Saint-Pétersbourg. Sasha, une jeune fille de l'aristocratie russe, a toujours été fascinée par la vie d'aventure de son grand-père, Oloukine. Explorateur renommé, concepteur du Davaï, son magnifique navire de l'Arctique, il ne revint jamais de sa dernière expédition à la conquête du pôle Nord. Et à présent, son nom est sali et sa famille déshonorée. Pour laver l'honneur de la famille, Sasha s'enfuit. En route vers le Grand Nord, elle suit la piste de son grand-père pour retrouver le fameux navire.

Alors que le public annécien semble sous le charme de ce film, je suis pour ma part plus réservé.

Alors oui, Rémi Chayé signe une œuvre réussie. Le film est définitivement très beau. En dépit d’une animation 3D/CGI, le rendu fait penser à de l’aquarelle, ce qui s’avère joli et original. Une fois n’est pas coutume, le film est porté par une héroïne forte, Sacha, qui veut restaurer l’honneur de son grand-père et fera tout pour y arriver. Le film s’inscrit au cœur de la Russie du 19e siècle, dans un contexte historique bien marqué. L’histoire et scénario sont maitrisés, mais au final j’ai trouvé l’ensemble plutôt classique. En prime, je n’ai pu m’empêcher de voir des nombreuses similitudes avec le Mulan des studios Disney.

Tout en haut du monde n’en est pas moins un bon film (avec des origines françaises qui plus est), à découvrir !

Pos Eso (long-métrage en compétition)

La séance est introduite par le réalisateur qui nous encourage à faire « plus d’avions avant les séances pour le reste de la semaine !! ». Il est vrai que la scène de Bonlieu semble bien vide d’avions pour cette séance...

Trini, la mondialement célèbre danseuse de flamenco, fait une profonde dépression et abandonne la scène. Damian, son fils de 8 ans, est possédé par un esprit malveillant qui lui fait commettre des méchancetés des plus sanglantes et cruelles.

Totalement irrévérencieux, Pos Eso est rempli de gags, souvent de mauvais goût, parfois un peu lourds, mais surtout toujours politiquement incorrects.

L’animation en pâte à modeler est réussie et agréable à regarder, elle est souvent exagérée mais ce n’est que pour coller encore plus à l’ambiance et au ton. En revanche, les effets CGI qui complètent le tout sont moches et mal intégrés, la palme du ratage revenant à la modélisation de l’enfer. Pos Eso comporte de nombreuses références à la pop-culture (Las Ketchup...) ainsi que des allusions plus ou moins directes aux films d’horreurs et autres classiques du genre (en tête desquels L’exorciste). Il nous offre également un florilège de personnages hauts en couleurs parmi lesquels Father Lenin et sa mère ou les parents clichés au possible (la mère est flamenco, le père est torrero).

Définitivement absurde mais surtout 100% fun... Pos Eso est un vrai bon moment et surtout un coup de cœur surprise de ce début de festival.

Alors que le film se termine, l’interséance sera l’occasion de me prendre une belle averse le temps de courir de Bonlieu au Pathé, me rappelant au passage qu’Annecy sans la pluie ne serait pas vraiment Annecy !

Sarusuberi : Miss Hokusai (long-métrage en compétition)

Portrait animé de la fille de Maître Hokusai, O-Ei, une femme libre d’esprit, franche et très talentueuse qui change avec les saisons. « Nous sommes père et fille et nous avons deux pinceaux et quatre baguettes. Je pense qu’on peut s’en sortir, d’une façon ou d’une autre. »

Si The Case of Hana & Alice m’avait agréablement surpris par son côté jeune et drôle, Miss Hokusai m’a laissé plus dubitatif. Le réalisateur Keiichi Hara nous offre des « tranches de vie sur fond historique » comme aiment (et savent) si bien le faire les cinéastes et le cinéma d’animation japonais. En outre, le film cumule tous ce que je n’aime pas (ou moins) dans le cinéma d’animation japonais : un rythme décousu, un film ancré dans l’histoire et la culture japonaise et surtout un rythme lent et décousu. Tout cela fait que je n’ai pas vraiment réussi à rentrer dedans, c’est dommage... je devinais du potentiel, notamment au niveau de l’intérêt historique.

Le film est en effet inspiré de l’histoire vraie de l’artiste Miss Hokusai, dans le Japon du 19e. Les personnages et personnalités sont bien introduites, mais le manque d’action entraine un cruel manque de charisme et l’on ne parvient jamais vraiment à s’attacher à eux... Les différents choix musicaux visant à accompagner l’intrigue sont plus que douteux et ne vont pas du tout avec les images, tant l’anachronisme est marqué. Là où le film est réussi et tire son épingle c’est sur le côté visuel et artistique, le film est beau et son animation est maitrisée.

En conclusion... Miss Hokusai est un film à voir, peut-être, par curiosité. Il n’égale pas Colorful du même réalisateur et pour lequel il avait été primé à Annecy en 2010.

Cérémonie d’ouverture

Comme l’an passé, il y a en réalité cette année deux cérémonies d’ouverture !! La première se déroule dans la Grande Salle de Bonlieu en présence de tous les officiels. La seconde se déroule dans la Petite Salle avec – notamment – une partie de journalistes dont je fais partie.

Point de discours officiels pour nous, mais l’équipe du film introduite par Marcel Jean est malgré tout passée nous rendre visite pour nous introduire...

Le Prophète (séance évènement)

Pour ce film, écrit et réalisé par Roger Allers et inspiré du chef d’œuvre de Kahlil Gibran, Salma Hayek a fait appel à 9 des plus grands noms de l’animation. Chacun avait pour mission de réaliser une séquence, selon ses préférences artistiques, afin d’aboutir à une œuvre collective, sorte de mosaïque. Le Prophète est un projet qui a mis une dizaine d’années pour voir le jour, dont une bonne partie pour faire l’acquisition des droits du bouquin que Kahlil Gibran avait légués aux habitants de son village natal au Liban.

Sur l’île imaginaire d’Orphalese, une fillette espiègle et muette de 8 ans, Almitra, fait la connaissance de Mustafa, prisonnier politique assigné à résidence. Une amitié improbable naît de cette rencontre inattendue. Mais le jour de leur rencontre, le gouvernement apprend à Mustafa qu’il est enfin libéré : des soldats le conduisent aussitôt à un bateau qui doit le ramener dans son pays. En chemin, Mustafa fait part de sa conception de l’existence et de ses poèmes à la population d’Orphalese, tandis qu’Almitra le suit en secret. À chaque étape du parcours, elle imagine de somptueux paysages illustrant ses propos. Cependant, lorsque la fillette comprend que le gouvernement réserve un sort funeste à Mustafa, elle décide de tout tenter pour lui venir en aide.

Le Prophète est un festival d’animation et surtout de techniques d’animation, mais aussi une ode à la tolérance et à la différence. Salma Hayek, la productrice, et toutes les équipes du film nous offrent ici un message d’amour et d’optimisme, poétique et touchant. S. Hayek explique avoir choisi l’animation car il s’agit du média permettant de parler le plus librement.

Chaque récit raconté par le prophète l’est au travers d’une séquence signée d’un réalisateur différent, à l’aide d’une technique qu’il affectionne. De Johan Sfar à Bill Plympton, les réalisateurs marquent très clairement de leur patte les séquences dont ils ont eu la charge. Quel plaisir de retrouver la patte et le style de réalisateurs que l’on apprécie tant. Les techniques ont également été choisies de façon à raconter l’histoire de la meilleure et plus belles des manières qui soient : pari réussi ! Originaires des quatre coins du monde, les dix réalisateurs aux styles uniques mettent ainsi leur diversité au service de la visée universelle du livre. A noter qu'ils ont travaillé chacun dans leur coin et ne savaient pas ce que les autres faisaient.

A la différence du livre, le prophète est accompagné d’une petite fille qui sert de fil conducteur au film et ne dénature en rien l’œuvre originale. La réalisation du film est parfaite et l’ensemble des séquences-récits sont parfaitement intégrés. Ils sont reliés entre eux par des séquences mettant en scène le prophète et dont la réalisation a été assuré par Roger Allers (à qui l’on doit notamment Le Roi Lion) pour un résultat sublime.

Soirée d’ouverture

Une fois le film terminé, je me dirige pour la première fois de la semaine vers l’hôtel Impérial et la plage du Moon, en passant par le Pâquier où se déroule la première projection en plein d'air de la semaine.

Cette première soirée sera l’occasion de se restaurer et d’échanger quelques mots avec les nombreux Festivaliers présents.

Retour ensuite à l’hôtel où m’attend déjà David pour une première nuit qui ne sera pas de refus, avant la grande journée Disney de mardi...

A suivre !