Annecy 2015 - Jour 3

Annecy, mercredi 17 juin... le jour où le soleil a enfin décidé de faire honneur au Festival !

Après un mardi placé sous le signe de Disney, retour à un programme plus conventionnel pour cette troisième journée au Festival international du film d’animation d’Annecy où la souris parvient quand même à se tailler une petite place. A peine digéré le barbecue de la veille, il faut se lever (presque) aussi tôt que pour aller au travail pour assister à mon premier work-in-progress de la semaine, et oui Annecy se mérite... Direction la salle Pierre Lamy où la (longue) file des Festivaliers se dresse déjà !

Work-in-progress "Snoopy et les Peanuts"

Snoopy, Charlie Brown, Lucy, Linus et le reste du gang bien-aimé des Peanuts font leurs débuts sur grand écran en 3D dans Snoopy et les Peanuts. En pleine production du film, Steve Martino, le réalisateur, et Nash Dunnigan, directeur artistique chez Blue Sky, ont fait le déplacement pour nous présenter leur travail !

Découvrez les célèbres personnages créés par Charles M. Schulz comme vous ne les avez jamais vus auparavant, grâce à une animation orchestrée par les Studios Blue Sky. Les créateurs des films L’âge de glace donnent vie à Snoopy, le beagle le plus adorable du monde, se lançant dans les airs à la poursuite de son ennemi juré, le Baron Rouge. Son meilleur ami, Charlie Brown, commence quant à lui une toute autre aventure : devenir un "winner" pour enfin connaître son heure de gloire auprès de ses camarades.

Au fil des ans, de nombreux studios ont entrepris d’adapter Peanuts au cinéma, mais la famille Schulz a toujours refusé... jusqu’à ce que le réalisateur Steve Martino lui fasse part de sa passion et de ses idées pour le projet. Craig Schulz admirait en outre déjà le travail du cinéaste, notamment pour sa fidélité au style du Dr Seuss dans Horton. En 2012, C. Schulz contacte Ralph Millero des studios d’animation Fox pour l'informer qu'il a écrit un scénario avec son fils, Bryan Schulz, et Cornelius Uliano (les trois scénaristes sont également producteurs du film).

L’équipe de Blue Sky était consciente qu’elle allait devoir se dépasser pour donner vie au scénario écrit par la famille Schulz. Le défi est d'autant plus important que les attentes du public autour d'une telle adaptation sont très fortes, Snoopy étant un vrai monument culturel. En outre, le film n'étant pas juste une succession de sketchs mais bel et bien une véritable histoire, il s'agissait de réinventer complétement les Peanuts sans jamais les trahir... lourd défi !

Admettons-le, nous avons tous griffonné un Snoopy et sa niche sur un cahier d’écolier ou gribouillé l’emblématique zigzag du pull de Charlie Brown, mais « lorsqu’on tente de saisir le style de Charles M. Schulz, on réalise à quel point c’est loin d’être évident ! » confie S. Martino. Les nouvelles générations ne consomment pas la culture de la même façon, il était donc important que le film soit en 3D et « moderne » pour toucher le public de 2015. Donner vie à Snoopy et aux Peanuts en partant d’une œuvre aussi simpliste que les comic strip était d'autant plus un vrai challenge...

Pour saisir les traits uniques des personnages, toute l’équipe du film s'est immergée dans l’univers des Peanuts en commençant par se rendre au Charles M. Schulz Museum and Research Center qui abrite plusieurs milliers de planches originales des aventures de Snoopy et de ses amis. Une exposition a été installée au sein des studios tout au long de la production, en guise de référence. En outre, les animateurs du film ont suivi une formation accélérée à la Van Pelt University pour apprendre le style de Charles M. Schulz et donner au film ce côté « fait à la main » qui lui va si bien.

Les strips n’offrent que peu d’informations quant aux mouvements des personnages. Une fois qu’on a isolé les 15 ou 20 expressions de Snoopy ou de Charlie, on n’est pas plus avancé sur sa manière de se déplacer. Les éléments du corps et du visage des personnages (yeux et cheveux notamment) sont placés différemment suivant l'angle, impossible donc de décomposer les mouvements pour réaliser un modèle 3D (comme celà a pu être fait sur d'autres films, notamment Astérix : Le Domaine des Dieux). La solution a donc été d'utiliser une animation de « style 2D » qui passe d'une pose à l'autre en moins d'images qu'il ne faut pour le dire, de façon à réaliser une transition à la fois rapide et fluide... un vrai défi pour les animateurs ! Pour ne jamais trahir le dessin original, Charlie Brown ne regarde ainsi jamais en face.

Certains éléments - pluie ou poussières par exemple - ont été scannés des comics, puis ils ont ensuite été numérisés et ont servis à faire les modèles 3D. De manière très inventive et respectueuse, des dessins originaux de Schulz ont également été intégrés au film, façon de faire le lien entre l'original et son adaptation, entre clin d’œil et hommage.

La création et la conception des décors du film se sont révélées tout aussi ardues. Dans les BD, on ne voit qu’un bout de lampe ou un coin de fenêtre, le département artistique a du les (ré)inventer sans jamais trahir l'esprit de Schulz. Il en ressort un environnement accueillant et chaleureux, aux couleurs joyeuses sans être trop vives, mais surtout intemporel et universel pour ne pas ancrer le film dans une époque. Le résultat sublime l’œuvre de Schulz et l'enrichit.

Rassurante et enthousiasmante, cette présentation m'a clairement donné envie de découvrir le film terminé. Rendez-vous à la fin de l'année dans les salles pour la sortie de Snoopy et les Peanuts !!

La présentation terminée, pas le temps de trainer... je suis attendu à l’Hôtel Impérial pour une interview qui a du chien !

Rencontre avec Steve Martino & Nash Dunnigan pour "Snoopy et les Peanuts"

Durant une dizaine de minutes, je vais pouvoir poser quelques questions en tête à tête à Steve Martino, le réalisateur, et Nash Dunnigan, directeur artistique chez Blue Sky. L’occasion de revenir avec eux sur les origines du projet, l’héritage de Schulz, ou bien encore d’évoquer la conception et la musique du film.

Grand fan des Peanuts, S. Martino a été honoré que la famille Schulz lui fasse confiance pour ce projet. Loin de n'être qu'une succession de scènettes ou de running-gags, Snoopy et les Peanuts sera un vrai film avec un vrai scénario écrit par les héritiers de la famille Schulz. Ces derniers l'ont ensuite proposé à la Fox et veillent attentivement sur le projet, s'assurant à chaque étape que l'héritage de leur aïeul ne soit jamais dénaturée.

Les deux hommes sont conscients du défi qui repose sur leurs épaules et sur les attentes fortes du public, et leur objectif premier tout au long de la production est d'être le plus fidèle possible à l'oeuvre de Schulz. Un soin tout particulier a ainsi été apporté à la modélisation des personnages, abordée longuement lors du work-in-progress, ou à l'univers et à l'ambiance du film, conçus pour être au plus près des comics.

L'humour et l'atmosphère des BD seront bien présents, la difficulté principale étant de contenter à la fois les spectateurs ayant grandi avec les Peanuts et le (jeune) public de 2015. Heureusement pour l'équipe du film, les Peanuts ont un côté "intemporel", tant dans leur atmosphère que dans les messages abordées, capable de parler à toutes les générations, et toucher les spectateurs de tous âges.

A écouter ces deux grands messieurs, on sent une vraie passion et un vrai engagement sur ce projet... de très bonne augure pour le résultat final !

Le temps de ranger mon matériel, je descends d’un étage pour ma deuxième rencontre de la journée...

Rencontre avec Chris Nee pour "Docteur la Peluche"

Son nom ne vous dit probablement rien, mais il est fort probable que vous ayez déjà entendu parler de Docteur la Peluche (alias Doc McStuffins), surtout si vous avez des enfants en bas âge. Chris Nee est en effet la créatrice de cette série d'animation pour les plus petits qui fait aujourd’hui les beaux jours de Disney Junior. Diffusée depuis mars 2012, cette série met en scène Dottie, une petite fille afro-américaine de six ans qui soigne ses peluches et ses jouets, suivant l'exemple de sa mère qui est elle-même médecin.

Durant une dizaine de minutes, je reviendrai avec elle sur les origines de la série, sur ses secrets de conception ou bien encore sur la difficulté de faire passer un message scientifique à un jeune public.

Chris Nee écrit pour la télévision depuis déjà plusieurs années. L'idée de la série est venue de sa propre expérience : lorsque l'asthme de son fils l'oblige à devoir être suivi de manière régulière, elle imagine d'une série pour les enfants dont l'objectif est de donner une image de la médecine et des médecins rassurante et apaisante.

Chris Nee travaille toujours activement sur la série, aidée par des spécialistes dont le rôle sur une telle série est primordiale. Le message doit en effet être adapté aux jeunes enfants, pour être à la fois abordable et accessible à ce (très) jeune public, mais aussi pour être scientifiquement exact. A travers cette série, l'objectif est d'introduire le rapport aux médecins et à la santé de manière ludique. Parler de maladie aux enfants est toujours délicat, mais le fait que la série se déroule "dans leur univers" avec une jeune héroïne de leur age qui leur parle à un côté rassurant, à travers des scènes du quotidien. A côté de cela, il s'agit d'une "vraie" série d'animation, le travail sur un tel projet se rapproche donc de ce qui est fait sur d'autres séries, Disney ou non. Ce n'est donc pas une surprise si la série a été primée plusieurs fois pour toutes ses qualités.

Dotty est une jeune héroïne, féminine, et -qui plus est- afro-américaine. Chris Nee est très fière d'avoir réussi à imposer une telle héroïne, loin des standards que l'on voit actuellement à la télévision. Pour elle, il a toujours été clair que le personnage principal devait être une fille et il était hors de question d'en transiger.

A l'issue de cette rencontre, retour vers le centre ville et plus précisément (une nouvelle fois) vers la salle Pierre Lamy...

The Art & Science of RenderMan: A Workshop by Pixar

Pour les néophytes, RenderMan est un outil largement utilisé dans le monde de l’animation et dans l’industrie des effets visuels. La présentation a laquelle j’étais invité avait pour objectif de nous présenter la nouvelle version du produit, mais également comment elle va permettre d’améliorer la production des films et donner aux artistes une plus grande liberté de création artistique. Celle-ci est animée par Dylan Sisson des studios Pixar.

Depuis sa dernière version, RenderMan est gratuit pour une utilisation non-commerciale. N’y voyez pas là une action philanthrope de Pixar, mais bien un moyen d’attraper les utilisateurs et artistes, qui in fine se verront obligés d’acquérir la licence pour mener à bien un véritable projet. Habile moyen de gagner des parts de marché. Il n’empêche que la version offerte est en tout point similaire à la version jusque là payante : il s’agit d’une version complète et sans aucune limitation (dans le temps ou autre). Cerise sur le gâteau : Pixar a commencé à distribuer ses propres filtres et autres modèles – créés spécialement pour tous les projets du studio – et que tout le monde pourra utiliser désormais !

Le « grand public » pourra même utiliser la dernière version de Renderman alors même que le premier film l’utilisant n’est pas encore sorti... Façon de montrer aussi que la technologie, même si elle reste au cœur d’un film, ne fait définitivement pas tout et n’est pour le studio d’Emeryville qu’un outil au service de leurs films et qu’il n’y a donc pas de raisons de la garder secrète. Ceci étant, s’agissant d’un logiciel aussi complexe et aux possibilités (quasi) infinies, un néophyte mettra des années à le maitriser !

De nombreuses démonstrations de l’outil utiliseront le fameux « teapot » de Pixar, le summum de la présentation étant atteint par la diffusion d’un petit court-métrage mettant en scène la célèbre théière, mais servant aussi (et surtout) de démonstration techniques pour les fonctionnalités de Renderman, notamment en terme d’éclairages.

Une des grandes nouveautés de cette dernière version est de faciliter le travail des artistes. Des fonctionnalités permettant de générer à la volée des extraits, du versionning, des versions basses-définitions ont été incluses. Les performances générales ont également été améliorées, permettant le rendu d’images jusque-là impossibles, notamment au niveau de l’éclairage et des textures. Tous ces outils sont destinés à augmenter la productivité et donc l’utilisation du produit.


Le camion Disney présent sur place nous rappelle la sortie ce mercredi 17 juin
du dernier film Disney•Pixar Vice-Versa

Dans la suite de la présentation, nous découvrirons une séquence aquatique. « Voilà ce que nous faisons aujourd’hui, ok c’est pas si mal, mais on peut faire encore mieux. » Sachant que ce court extrait a déjà de quoi faire pâlir et enterre la (quasi) totalité des productions actuelles, je vous laisse imaginer... Nous avons ensuite droit à un « cours » sur les défis techniques pour représenter de l’eau et spécifiquement les effets à la surface en cas d’impact ou autre perturbation, avec des zooms sur les effets au niveau microscopique. D. Sisson nous montre ensuite une deuxième séquence test en expliquant « voilà ce que nous voulons faire... » et que je qualifierai de « wahou! ». Heureusement que l’on nous a dit avant qu’il s’agissait d’animation et non d’images réelles, car je ne suis même sûr qu’à ce niveau on puisse encore parler de différence tant le rendu est visuellement bluffant. Et quand on sait que celui-ci sera (est) utilisé pour Finding Dory qui sort l’été prochain, cela laisse rêveur sur la qualité artistique du film !!

Avec cette présentation, Pixar nous prouve qu’avec Renderman ils ont encore (et toujours) une longueur d’avance sur les autres studios. Et même si le logiciel est maintenant accessible à tous, son utilisation reste très complexe. DreamWorks nous avait bluffé l’an passé avec son nouveau moteur de rendu utilisé pour la première fois sur Dragons 2, mais je dois bien reconnaitre que l’eau présentée ce mercredi par Pixar m’a particulièrement bluffée.

La question qui me taraude après une telle présentation est « quand seront atteintes les limites techniques ? ». Il y aura forcément dans les années à venir un moment où le photoréalisme deviendra la norme – du moins pour les grands studios –, il sera alors intéressant de voir à quel niveau pourront alors se situer les évolutions techniques. D’ici là, laissons-nous porter (et bluffer) par les magnifiques projets qui nous attendent...

Ma prochaine séance n’étant qu’à 18h, je profite d’une petite pause dans Annecy. Ensuite, direction le Pathé pour découvrir...

Mortadelo y Filemón contra Jimmy el Cachondo (long-métrage hors compétition)

Les personnages créés en 1958 par le bédéiste espagnol Francisco Ibanez sont de retour sur grand écran. Les deux agents secrets Mortadel et Filemon sont entraînés dans de délirantes aventures pour le plus grand plaisir des jeunes spectateurs. Le film est sorti en Espagne en novembre dernier, distribué par Warner. Il a reçu 6 nominations aux 29èmes Goya Awards, et a remporté le prix de la meilleure adaptation ainsi que celui du meilleur film d’animation.

Les super espions les plus doués de la T.I.A. résolvent les crimes qu'aucun autre espion ne peut résoudre... ou plutôt, ils accumulent les ratages comme personne !

« Sympa mais sans plus », voilà qui résume bien mon ressenti à la sortie de la séance. C’est dommage, car le film ne manque pas de bonnes trouvailles – notamment au début – mais l’ensemble s’essouffle au fur et à mesure que l’on avance et finit par lasser le spectateur. Le film est drôle et un peu barré, les gags s’enchainent, au point d’en devenir un peu indigeste à la fin. Absolument pas original, le scénario souffre de lacunes et n’offre pas de vraie histoire. Il reste l’aspect visuel qui rattrape un tant soit peu l’ensemble, très cartoon avec des personnages un peu « ronds », l’ensemble est enfantin et chaleureux.

Retour dans la grande salle de Bonlieu où la projection de la soirée est consacrée à un film en compétition. Point de séance évènement mais le film qui est diffusé ce soir n’en est pas moins attendu, bien au contraire...

Avril et le monde truqué (long-métrage en compétition)

Toute l'équipe du film, incluant notamment les deux réalisateurs, avaient fait le déplacement pour introduit le film aux Festivaliers...

1941. Napoléon V règne sur la France où disparaissent mystérieusement les savants. Privé de technologie moderne, le monde est gouverné par le charbon et la vapeur. Une jeune fille,
Avril, la jeune héroïne du film, part à la recherche de ses parents, deux scientifiques également disparus, et nous entraîne dans ses aventures...

Virtuose du noir et blanc, dessinateur inégalé des ruelles sombres et des pavés luisants, contempteur infatigable de la bêtise humaine et obsédé par la guerre, Jacques Tardi est l'un des maîtres de la BD. Son style est un mélange de fantastique, de clins d’œil au roman populaire et de second degré réjouissant, dans le cadre d’un Paris aujourd'hui disparu. Pendant plus de six ans, les deux réalisateurs Franck Ekinci et Christian Desmares ont œuvré pour mettre en mouvement les dessins de Tardi. Quand deux talentueux réalisateurs et un grand auteur de bande dessinée se rencontrent, le résultat est bluffant...

Ce travail de longue haleine donne un film réussi, où le scénario – épique et prenant – et les dessins – l’univers créé par Tardi est magnifique – sont en totale cohérence. Le film a un petit air de A la poursuite de demain, mais rappelle aussi la série Sherlock Holmes créée par Myazaki dans les années 80... toutes ces références ne font qu’appuyer la qualité de ce long-métrage.

Le monde truqué d’Avril prend des airs de monde parallèle où les dragons de Komono règnent en maître et retiennent prisonniers tous les scientifiques. Ceci offre une délicieuse uchronie dans un Paris du XXe siècle qui n’a pas vraiment évolué, privé de ses têtes pensantes. Notre héroïne devra affronter dangers et mystères pour rétablir l’équilibre du monde, aidée de son chat Darwin, d’un jeune voleur repenti Julius et de son grand-père. Autant de personnages attachants et hauts en couleurs, servis par un casting vocal d’exception (emmenée notamment par Jean Rochefort).

A l’issue de la projection, le film récoltera une standing-ovation, amplement méritée.

La journée se terminera à l’Hôtel Impérial pour la...

Soirée d’ouverture du Mifa

Le Mifa c’est le Marché international du film qui fête cette année ces 30 ans ! Autre facette du Festival, le Mifa est un évènement incontournable pour tous les professionnels, inauguré - comme tous les ans - par une sympathique soirée sur les bords du lac !

La journée de jeudi sera placée sous le signe des Minions, mais pas que ! Spike et Mike seront notamment de la partie, ainsi que le prochain film de Mamoru Hosada. A suivre...