Annecy 2015 - Jour 5

Annecy, vendredi 19 juin ! Une journée un peu plus calme...

2 séances et une interview prévues aujourd’hui... le programme de ce 5e jour au Festival international du film d’animation d’Annecy 2015 est définitivement plus light que les précédents jours, ce qui n’est pas plus mal. Je profite ainsi de ma matinée libre pour flâner dans les rues et profiter de l'ambiance de la préfecture haut-savoyarde.


Genndy Tartakovsky en séance de dédicaces pour "Hôtel Transylvanie 2"


Séance officielle pour "Mune, le gardien de la lune"

Le premier rendez-vous de la journée est fixé à 15h...

Rencontre avec Alexandre Heboyan & Benoît Philippon pour "Mune, le gardien de la lune"

Sélectionné en compétition, Mune, le gardien de la lune était présenté ce vendredi matin en séance officielle. Touchant et poétique, ce très beau film qui plaira à tous les familles sera dans nos salles le 14 octobre prochain.

« Je suis Alexandre Heboyan, je suis le co-réalisateur de Mune. Je suis Benoît Philippon, je suis l’auteur du film et le co-réalisateur du film avec Alex. » Pendant un quart d’heure, je reviendrai avec eux sur les origines du film, le casting vocal, la production, le public du film...

L’idée initiale du film est venue d'une symbolique : un personnage qui décroche la lune. A.Heboyan avait en tête un visuel qu'il trouvait très poétique, « la lune est grande dans le ciel mais elle tient dans ses bras quand il l’a sur Terre ». A partir de là, il s'est demandé quelle était l’histoire de ce personnage. Quand on l'a dans ses bras, la lune devient vulnérable, du coup le soleil aussi, et d’un coup il faut des gardiens pour veiller sur ces astres. Mais la première idée a toujours été cette symbolique de « décrocher la lune ».

Pour la recherche artistique, Alexandre et Benoît ont fait appel à des artistes issus des Gobelins (comme Alexandre). Tous ensemble ils ont créé ce look très graphique entre la 2D et la 3D. Le travail de design a duré un an et demi, beaucoup de dessins de décors et de personnages ont été faits. Est arrivé alors un nouveau challenge : comment retranscrire cet univers en 3D ?

Les réalisateurs décrivent le film comme « un croisement entre un univers Disneyen et très Miyazaki ». Pour le côté mythologique visuel, c’était souvent Miyazaki qui revenait. Au niveau du story-telling, ils voulaient quelque chose de très féérique, donc très Disneyen, mais pas que... le film est le mélange de beaucoup d’ingrédients, tel que que Star Wars pour certaines figures très mythologiques. Côté animation et design, ils ont pioché dans tout ce qu'ils aiment : de Bambi à Peter Pan, en passant par la Japan’imation très présente dans la culture graphique française aujourd'hui.

Le casting vocal français a été très soigné. Izia Higelin apporte toute sa personnalité à Cire, très déterminée et pétillante, et qui entretient des relations un peu compliquées avec son père. Omar Sy est « un cadeau tombé du ciel » auquel ils n'osaient pas trop espérer. Pour Sohone, ils cherchaient quelqu’un de charismatique et solaire, ils ont envoyé 5 minutes du film à Omar et il a aimé tout de suite. Trouver la voix du personnage principal a été plus compliqué : l'équipe cherchait un Mune féérique et magique, avec une voix qui apporte une identité nouvelle. Michaël Gregorio a rejoint l'aventure tardivement mais a tout de suite été embarqué dans l'aventure.

Pour les autres personnages, le casting a été beaucoup plus classique, ce n'est donc pas surprenant de retrouver des voix (très) connues. On retrouve ainsi Patrick Poivey (la voix de Bruce Willis), Patrick Préjean (qui double Grosminet) ou encore Féodor Atkine (alias Jafar). Travailler avec eux a été une « sorte d'évidence » expliquent les réalisateurs, qui aimaient également beaucoup l'idée d'avoir sur leurs seconds rôles toutes ces voix phares qui ont bercé leur/notre enfance.

Loin d'être un soucis, les parcours différents des réalisateurs ont au contraire été un réel atout pour le film, en apportant une vraie complémentarité.

Benoît Philippon, qui n'avait aucune culture de l’animation avant ce projet, a ainsi écrit sans se poser de frontières techniques, ou de ce qu'il est possible de faire -ou pas- en animation. Il explique ainsi avoir été complétement libre dans sa façon d'écrire, là où Alexandre est arrivé en disant « attention ça c’est compliqué, ça on peut pas... ». Avec son expérience de story-telling, de tournages, de directions de comédiens, de montages... il a apporté un vrai plus au projet. Même si les deux hommes n'avaient pas la même façon d’appréhender le story-telling, cela a été très vertueux pour chacun d'eux.

Alexandre Heboyan est au contraire un habitué de l'animation. Il dispose d'une expérience très riche, de l'animation française -sur des films très indépendants comme Michel Ocelot- aux studios Dreamworks, qui lui apporte une vision très large sur les différentes manières de faire un film d'animation. En France, on est habitués aux petites productions, on va travailler à l’horizontale, alors qu’aux États-Unis c’est très vertical. Sur Mune, le gardien de la lune, cela s'apparentait plus à une diagonale. Il y avait à la fois des gens qui étaient polyvalents, mais il y avait quand même une hiérarchie et les réalisateurs ont fait en sorte d'être toujours très accessibles. La production du film s'apparente ainsi à une vraie conjugaison de l’univers anglo-saxon de studio et de l’univers français indépendant.

Monter un film d'animation est souvent long et compliqué, les réalisateurs sont ainsi heureux d'être allés au bout et d'avoir réussi à livrer le film qu'ils voulaient. Arriver à Annecy, avec un public de connaisseurs passionnés est pour eux un énorme cadeau mais surtout un réel plaisir... d'autant plus qu'entre Mune, le gardien de la lune et le Festival c'est une longue histoire, les premières images exclusives du film avaient notamment été présentées l'an passé lors d'une séance évènement. « On a l'impression que l'an dernier c'était hier » confient les réalisateurs.

Les premiers retours sur le film, notamment en Italie où il est déjà sorti, sont très bons. Les enfants accrochent beaucoup au film, les parents aiment bien le côté un intelligent de l'histoire. Pour les réalisateurs qui souhaitaient faire « un film créatif et grand public », le pari est réussi.

« On n’a jamais pensé le film en terme marketing, en mettant tous les ingrédients pour que ça cartonne, par contre on a mis tellement de sincérité, c’est un film qui véhicule l’idée de générosité, si on arrive à avoir l’équilibre dans la poésie on touchera le public parce que c’est dans son essence. Avec cette sincérité, on se disait naïvement que les enfants sortiraient avec des étoiles dans les yeux et c’est ce qui ferait le succès. On se disait que si on arrive à faire ça on touchera le public et principalement les enfants. Le succès, tu l’as à partir du moment où tu fais rêver un enfant qui se souviendra dans dix ans du film. »

Mune, le gardien de la lune sortira dans nos salles en octobre prochain, et je ne peux que vous encourager à le découvrir !! « En une phrase, c’est une invitation à la rêverie, au voyage. Si tu rentres dans ce film, bienvenue dans le monde magique de Mune ! »

A peine le temps de souffler à l’issue de la projection, la Grande Salle toute proche m’attend pour...

Le Voleur et le Cordonnier (séance évènement)

Richard Williams s'est fait remarquer pour son travail d'animateur dans Qui veut la peau de Roger Rabbit ? pour lequel il a été oscarisé à deux reprises. Mais son nom est également connu pour son film Le Voleur et le Cordonnier qui porte le douloureux record de la production la plus longue d’un film d’animation. La réalisation du film a débuté en 1964, pourtant il n'a été distribué qu'en 1995 dans une version tronquée.

La version que nous avons eu le plaisir et le privilège de découvrir est en fait une copie de travail du film, tel qu’il était en mai 1992. Le film en est alors environ à la moitié de la production. Ce n’est ainsi par à proprement parler une « Director’s Cut » mais la dernière version du film vraiment supervisée par R. Williams. La suite n’est en effet pas glorieuse... Le réalisateur est dépouillé de son film sur lequel il perd tous les droits. Celui-ci est alors confié à une équipe d’animateurs «low cost» qui livre en 1995 une version au rabais, qui se soldera par un échec au box-office.

En ce vendredi 19 juin, le célèbre film de « l'animateur des animateurs » renaît de ses cendres. «A moment of time» Un moment hors du temps, un moment volé au temps... voilà ce que s’apprêtent à vivre les Festivaliers.

Au temps des Mille et une nuits, dans une cité d'or, les trois orbes dorés protégeant la ville disparaissent mystérieusement, tandis qu'un guerrier borgne s'apprête à attaquer la cité. Tack, un cordonnier, et la princesse Yum-Yum décident de retrouver les orbes. Ils feront face à Zigzag, le vizir perfide, et à un voleur malchanceux.

La découverte du film nous montre le travail de fou effectué au niveau de l’animation. Il permet également de se rendre compte du génie mégalo de R. Williams qui promettait « le plus grand film d’animation jamais réalisé ». Souffrant de l’obsession perfectionniste de son réalisateur, le film subira remaniements et réécritures durant des années, alors que l’équipe initiale composée des génies de l’animation de l'époque partira logiquement rejoindre d'autres studios et d'autres projets.

Cette version de 1992 nous permet de comprendre pourquoi le film n’a jamais vu le jour en l’état : en dépit d’une animation de qualité et de belles recherches graphiques, le résultat final se perd dans son ambition de grandeur. Remanié des centaines de fois, le scénario est très décousu, les personnages sont mal écrits et le rythme est très inégal. La séquence finale de près de 1/4h, à la croisée d’un film de Chaplin, et à la fois plus ambitieuse mais également la plus symptomatique du film et un constat s'impose : celui-ci n’a été fait pour aucun public. Finalisée dans les années 70 avec un budget (généreux) octroyé par un producteur, cette séquence avait pour but de promouvoir le film et obtenir le reste du financement... Au lieu de ça, R. Williams dépensera sans (réellement) compter pour faire et défaire son film, sans jamais livrer la moindre version.

Peu de temps après, le projet tombe dans les cartons. Il n’en ressortira que 20 ans plus tard avec le succès de Roger Rabbit. Richard Williams se voit en effet proposer le poste de directeur de l’animation sur ce projet très ambitieux, il accepte à la condition de pouvoir ensuite finaliser son film. Le Voleur et le Cordonnier passe alors sous le giron de la Warner, cette même Warner qui le dépossèdera complètement du projet en 1993, exaspérée par un projet qui s’enlise.

D’autant plus qu’en 1992 sortait un autre film inspiré des contes des 1001 nuits, Aladdin de Disney. Celui-ci emprunte allègrement à l’œuvre de Williams, ce dont le studio ne s’est jamais réellement caché et pour cause... une partie de l’équipe du film avait précédemment travaillé sur le projet et en avait récupéré toutes les bonnes idées... laissant les mauvaises à son réalisateur. Aladdin réussit donc là où Le Voleur et le Cordonnier a échoué depuis 30 ans, en proposant un scénario et un style qui le rendent accessible à tous les publics, ce que Williams n’aura jamais réussi à faire !

Petit morceau hors du temps, petit morceau d’histoire aussi, Le Voleur et le Cordonnier est intéressant à voir et à analyser pour comprendre les difficultés de production et toutes ses faiblesses qui ont finalement conduit à son arrêt... un beau pêché d’orgeuil.

A l’issue de ce petit voyage dans les années 90, j’ai du temps devant moi... ma prochaine séance n’est que dans quelques heures...

Phantom Boy (avant-première évènement)

Après une présentation en « work-in-progress » l’an passé, toute l’équipe de Folimage était de retour pour présenter Phantom Boy aux Festivaliers et en avant-première mondiale ! C’est sur une scène jonchée d’avions que réalisateurs, producteurs, distributeur et même la voix française de Alex, le personnage principal, sont montés pour introduire le film. Jean Rochefort et Edouard Baer qui interprètent deux autres personnages clés étaient malheureusement absents...

Un mystérieux gangster défiguré blesse Alex, un inspecteur de police lancé à ses trousses. Immobilisé à l’hôpital, Alex se lie d’amitié avec Léo, un jeune garçon de 11 ans qui possède la faculté de sortir de son corps. Comme un fantôme, invisible de tous, il s’envole et passe à travers les murs...

Les premières images ainsi que le générique de Phantom Boy avaient en effet été présentés à Annecy en 2014. À cette occasion, une partie de l’équipe du film était venue dévoiler les coulisses de ce long métrage et expliquer les influences puisées à la fois dans le cinéma et dans les bandes dessinées de superhéros, à l’origine d’un graphisme très personnel.

Baignant dans une ambiance aux airs de « Spielberg des années 80 », Phantom Boy offre un très bon moment. Son intrigue policière parlera surtout aux plus jeunes, mais les clins d’œils et références à de nombreuses œuvres cinématographiques et comics (citons Les Gremlins ou encore Superman) feront également le bonheur des plus grands. Atypique et très personnel, limite osé, le style visuel du film est agréable à regarder, en dépit d’une animation pas toujours parfaite. La ville de New York sert de décor au film, et lui apporte une impression de grandeur. L’ambiance et l’atmosphère rappellent fortement Une vie de chat, rien d’étonnant étant donné que c’est la même équipe qui se cache derrière.

La projection se terminera par des applaudissements nourris... De bonne augure pour la sortie dans les salles le 14 octobre prochain !

La fin approche mais le sixième jour ne sera pas de tout repos pour autant... l’avant-première (presque) mondiale de Ghost in the Shell, le nouveau film de Anca Damian m’attendent, avant de clôturer en beauté Annecy 2015.

A suivre...