Annecy 2015 - Le jour d'après

Annecy, le jour d'après... celui-où je vous cause des films que je n'ai pas vu sur place !

On ne dirait pas forcément, mais une semaine au Festival international du film d'animation prend certains jours des airs de marathon. Il est mathématiquement impossible de tout faire et tout voir, notamment pour des raisons purement logistiques (et non, la téléportation n'existe pas encore entre les salles). En outre, il est si plaisant de flâner sur les bords du lac, de profiter des richesses de la ville et de l'ambiance que certains jours les Festivaliers que nous sommes préfèrent un transat sur le Pâquier ou la terrasse d'un des nombreux bars au siège d'une salle obscure... c'est aussi ça qui fait le charme du Festival !

Aujourd'hui, je vais donc vous parler de deux films que je n'ai pas vu à Annecy mais que j'ai néanmoins découvert à Paris !

Mune, le gardien de la lune (long-métrage en compétition)

A Annecy, j'avais pu rencontrer les deux réalisateurs du film, Alexandre Heboyan & Benoît Philippon, et échanger avec eux longuement sur ce très beau projet. Si Mune, le gardien de la lune était présenté en compétition au Festival, je l'avais pour ma part découvert quelques jours auparavant dans la capitale...

Dans un monde fabuleux, Mune, faune facétieux, est désigné bien malgré lui gardien de la lune : celui qui apporte la nuit et veille sur les rêves. Mais il enchaîne les catastrophes et donne l’occasion au gardien des ténèbres de voler le soleil. Avec l’aide de Sohone, le fier gardien du soleil et de la fragile Cire, Mune part alors dans une quête extraordinaire qui fera de lui un gardien de légende !

Dans un monde imaginaire plein de poésie, le Jour et la Nuit vivent en harmonie, dirigés par des gardiens élus par les astres. Lorsque le soleil choisit Sohone, un jeune homme narcissique longuement préparé à ce rôle, ce n’est pas une surprise pour le peuple du Jour. En revanche la cérémonie ne se déroule pas comme prévu du côté de la Nuit, où un jeune novice est désigné comme gardien de la lune à la stupéfaction de tous. Du nom de Mune, ce petit être nocturne va tenter d’assurer son rôle de gardien, rejeté par ses proches et sans la moindre expérience. Aventureux, curieux et intrépide, en cherchant à accélérer le mouvement de la lune il va en perdre le contrôle et déclencher le chaos dans les deux mondes.

Le Jour et la Nuit sont peuplés de créatures fantastiques dont on peut identifier certaines à des personnages venus d’autres univers. Ainsi Mune évoque à la fois un rongeur et un Na’vi dans Avatar, les diablotins des ténèbres rappellent le duo Peine et Panique dans le Disney Hercule, et des charmantes boules de poussières mi-oiseaux mi-araignées créent de l’empathie par leurs couinements expressifs.

Les peuples de ces mondes accordent beaucoup d’importance aux astres et ce film nous rappelle comment le soleil et la lune peuvent influer sur nos vies. Ici la notion du temps est personnifiée et représentée par des créatures qui déplacent les astres. Par des décors soignés qui laissent place à l’imagination et la rêverie, le film met en valeur les éléments communs que sont le Jour et la Nuit, mais aussi le crépuscule avec le personnage de Cire qui ne peut vivre complètement ni dans un monde, ni dans l’autre. La fragilité de son existence rend ses actions précieuses, comme la relation qu’elle entretient avec Mune. Bien que jeune et inexpérimenté, le héros a le don de contrôler les rêves et protège les bébés des cauchemars. C’est en explorant ce pouvoir et avec l’aide de Cire qu’il gagne la maturité nécessaire pour devenir un bon gardien de la lune.

Les songes prennent beaucoup de place dans le film et sont représentés par des dessins en 2D qui accentuent l’aspect poétique de l’histoire. Les scènes de rêves et de cauchemars sont mises en parallèle avec la Nuit et les Ténèbres et créent de la confusion avec le monde « réel ». On pourrait regretter que le monde des ténèbres et son gardien ne soient pas très exploités, mais les diablotins compensent ce manque. Le film est guidé par des musiques propres aux univers qu’elles accompagnent. Si le Jour est mis en valeur par des musiques d’aventures s’associant avec le personnage vaniteux de Sohone, la Nuit est représentée par des berceuses beaucoup plus douces, semblables à des boîtes à musiques.

Mune, le gardien de la lune présente un univers très enfantin qui permet aux adultes de renouer avec les rêves de l’enfance et les éléments de la nature dans leur simplicité. Le film se concentre sur l’aventure de trois personnages qui cherchent à ramener l’équilibre dans leurs mondes, et ne comporte pas d’histoires secondaires. Les actions s’enchaînent en douceur, sans longueurs ni retournement de situation. L’histoire est en somme très simple et prévisible, mais la beauté des décors suffit à transmettre des émotions et beaucoup de sympathie pour cet univers onirique et ses charmants héros. A découvrir dans nos salles le 14 octobre !

Rappellez-vous, dans mon article du jeudi, j'indiquais avoir du annuler au dernier moment ma séance pour Adama. Bien m'en a pris puisque j'avais pu alors partir à la rencontre des Minions sur le Pâquier, ce que je ne regrette absolument pas !


Stuart, King Bob, Kevin... et moi

Malgré des retours mitigés, je tenais néanmoins à découvrir le film pour me faire ma propre opinion, rendez-vous était alors pris à Paris...

Adama (long-métrage en compétition)

Adama, 12 ans, habite un village isolé d’Afrique de l’Ouest. Au-delà des falaises s’étend le Monde des Souffles, peuplé d’esprits belliqueux. Quand son frère ainé quitte brutalement le village, Adama part à sa recherche. Il traversera une Europe en guerre, avec l’énergie du désespoir et la poésie de l’enfance. L’amour qu’il porte à son frère offrira une fin inattendue à son voyage initiatique.

Présenté en work-in-progress au Festival en 2014, Adama ne faisait pas partie de mes choix initiaux de programmation. Je m'étais finalement laissé convaincre par la bande-annonce et par quelques articles, le présentant comme l'un des films français de l'année... le résultat est une déception.

Sur le papier, Adama ressemble à un beau projet historique à vocation éducative, le résultat final est malheureusement tout autre. Côté visuel, le film est plutôt atypique et agréable à regarder, avec de nombreuses métaphores. En revanche, j'ai eu beaucoup de mal avec l'histoire : autant le contexte historique m'a plu et j'ai trouvé l'ambiance de l'époque (que ce soit en Afrique, à Paris, à Verdun) bien mise en images, autant j'ai trouvé le scénario brouillon et décousu. Le rythme est inégal (même si certains moments comme l'introduction ou la scène à Paris se détachent du lot).

La quête d'Adama m'est apparue très peu crédible et son entêtement frise l'indécence (qui voudrait absolument se jeter sur un champ de bataille pour retrouver un proche, probablement déjà mort ?). La fin est aussi hautement improbable et absurde... à moins que l'on suppose que le personnage est mort et qu'il s'agit de ses songes : on plonge alors dans une conclusion onirique et philosophique, visuellement sympa mais au message beaucoup trop flou et abstrait pour nous emporter. Les enfants (une des cibles du film) risquent, eux, de passer complètement à côté.

Voulu comme un hommage, entre histoire et pensée, Adama rate sa cible. Reste alors un visuel atypique agréable à regarder, mais qui ne marquera pas l'histoire pour autant. Le film sera dans nos salles le 21 octobre prochain, mais pour ma part je lui préférerai Avril et le monde truqué en novembre ou Tout en haut du monde en 2016 !

C'est avec ce dernier article que s'achèvent mes comptes-rendus sur le Festival international du film d'animation d'Annecy 2015, rendez-vous en juin prochain pour de nouvelles aventures !

D'ici là, restez connectés, de nombreux films présentés au Festival (Le voyage d'Arlo, Zootopie, Snoopy et les Peanuts...) sont attendus dans les prochains mois, autant de lecture à retrouver sur le site...