[Critique] Le Voyage d'Arlo

Le film

Et si l’astéroïde qui a radicalement bouleversé la vie sur Terre n’avait jamais heurté notre planète ? Si du coup les dinosaures n’avaient pas disparu ?

Le 16e long-métrage Disney•Pixar nous entraine dans une formidable épopée, originale et inattendue. Découvrez le grand voyage d’Arlo, jeune Apatosaure au grand cœur, maladroit et craintif. Livré à lui-même, il va faire la rencontre et prendre sous son aile un étonnant compagnon : un petit garçon sauvage, très dégourdi, prénommé Spot. Durant leur périple, en parcourant des terres aussi hostiles que mystérieuses, Arlo va apprendre à affronter ses peurs et découvrir ce dont il est réellement capable...

Le 25 novembre prochain (et en avant-première au Grand Rex à partir du 14), Le Voyage d'Arlo vous transportera dans une extraordinaire épopée, au milieu de paysages sauvages et grandioses avec des personnages aussi drôles qu’attachants et une émotion à fleur de peau !

Notre avis

Et si les jouets prenaient vie ? Et si il y avait un monstre caché dans le placard ? Et si les voitures avaient leur propre société ? Et si les rats pouvaient cuisiner ? «Et si ?» Ces deux mots sont à l'origine de grand nombre (peut-être même tous) des films Disney•Pixar et Le Voyage d'Arlo ne déroge pas à la règle... bien au contraire !!

Commencée en 2009, la production du film aura été (très) chaotique, entre réécriture du scénario, changement de réalisateur, refonte complète du casting vocal ou bien encore décalage à plusieurs reprises de la date de sortie... Du côté des fans et cinéphiles, le projet avait fini par ressembler à une arlésienne et on se demandait si et quand celui-ci verrait le jour. 2015 aura été la bonne année ! Une année définitivement pas comme les autres pour Pixar, c'est en effet la première fois que le studio à la lampe sort deux long-métrages d'animation. Quelques mois après les émotions du géniallissime Vice-Versa signé Pete Docter, place aux dinosaures de Peter Sohn avec Le Voyage d'Arlo.

Le réalisateur avait fait ses débuts de réalisateur avec le court-métrage Passages nuageux. Il a également travaillé au sein des départements artistiques, histoire et animation, et a prêté sa voix aux personnages d’Émile dans le film oscarisé Ratatouille et de Scott “Squishy” Squibbles dans Monstres Academy. La productrice Denise Ream n'est pas une néophyte : elle a produit le film nommé aux Golden Globes Cars 2 et a été productrice associée pour Là-haut, couronné aux Oscars. Elle a une solide expérience dans la production d’effets visuels et d’animation pour des films en prises de vues réelles.


Concept-art

Après une scène d'introduction, il y a 65 millions d'années, où l'astéroïde censé détruire les dinosaures rate notre planète... nous voilà aujourd'hui (ou presque) sur une Terre habitée par les dinosaures et où les humains n'ont pas vraiment évolué. Petit dernier d'une lignée de fermiers, Arlo vit au rythme des saisons et des récoltes. Fragile et peureux, moqué par son frère et sa sœur, le jeune apatosaure peine à trouver sa place au sein de sa famille malgré la confiance que lui accordent ses parents. A la suite d'un accident, il est emporté par la rivière et se retrouve loin de sa ferme natale...

Commence alors un long retour pour rentrer à la maison ! En chemin, il va se lier d'amitié avec Spot, un petit garçon humain qui agit comme un chien. Ensemble, ils vont traverser de nombreuses épreuves qui vont obliger Arlo à aller au delà de ses peurs et à trouver une raison à son existence. Ce voyage initiatique va faire de lui un homme... enfin plutôt un dinosaure, un vrai, un adulte.

Un peu trop linéaire et prévisible, l'histoire n'offre malheureusement pas de réelle surprise... Si il y a bien quelques rebondissements, ceux-ci se devinent facilement et leur issue ne fait que peu de doute. Même la fin est convenue, manquant cruellement d'audace (alors même que Pixar aurait pu - et sans doute dû - aller au bout de l'idée de départ !!). L'absence de double lecture, pourtant une marque de fabrique du studio, ne fait que renforcer ces faiblesses.

Le scénario manque aussi d'originalité. Si les clins d’œils et les allusions à d'autres classiques sont généralement les bienvenus, ici cela s'apparente limite à un manque d'inspiration, tant certaines scènes et certains personnages semblent avoir été inspirés directement d'autres films Disney, en tête desquels Le Roi Lion ou Bambi. Le film offre également une scène psychédélique qui n'a rien à envier à Alice au pays des merveilles.

Les personnages du film se comptent sur les doigts des deux mains et n'apportent finalement pas grand chose à l'histoire, tant celle-ci est centrée sur le duo formée par Spot et Arlo. Les autres protagonistes ne sont que des seconds rôles pas très charismatiques, quand ils ne font pas simplement de la figuration... Si le mystérieux Collectionneur apparait intéressant, sa prestation est tellement courte qu'on n'a pas le temps de le découvrir. Les T-rex gardiens de bétails ne servent que de faire-valoir pour aider Arlo dans son périple. Restent les angoissants ptérodactyles - aux airs de hyènes - qui tirent leur épingle du jeu et apportent un peu de suspense à une intrigue qui en manque fortement. Le film offre par contre un joli bestiaire préhistorique, avec son lot d'animaux mignons et attendrissants que l'on adorerait câliner ou adopter.

Malgré ce constat peu flatteur, n'allez pas pour autant en déduire que le film est mauvais, loin s'en faut ! Seulement, Pixar nous a habitué à mieux depuis 20 ans, d'où une (semi-)déception à la découverte de ce 16e long-métrage.

De très belles scènes se détachent néanmoins du lot, comme celle où Spot essaye de se faire adopter par Arlo en lui déposant des offrandes, celle où Spot récolte des baies pour son nouvel ami ou bien encore une scène (probablement la plus touchante) où les deux héros se racontent leur famille... Ce ne sont (heureusement) pas les seules, mais je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir de leur découverte !

Mignon et touchant grâce à la relation entre Arlo et Spot, le film est également très drôle, que ce soit à cause (ou grâce) à la maladresse d'Arlo, au comportement de Spot ou grâce aux divers protagonistes croisés sur la route... de nombreux fous rires sont ainsi à prévoir. Si les mouchoirs ne vous seront sans doute pas indispensables, des larmes pourraient malgrer tout pointer le bout de leur goutte. Attendez-vous également à quelques frissons, de peur ou d'émotion. On est loin du grand-huit émotionnel de Toy Story 3 ou de Là-haut mais côté sentiments et émotions, Le Voyage d'Arlo s'avère efficace et nous rappelle - si on l'avait oublié - qu'on est bien devant un Pixar !

Signé Mychael Danna, la musique est également une réussite du film. Peut-être pas aussi marquante - du moins à la première écoute - que d'autres bandes-originales, elle s'avère efficace et sublime les images et les émotions qu'elles dégagent.

Si Le Voyage d'Arlo ne brille pas par son scénario, côté visuel c'est une toute autre histoire !! Jamais la nature et l'environnement n'auront été aussi beaux, et Pixar nous prouve que - ça y est ! - ils maitrisent bel et bien le photoréalisme à grande échelle. Certains plans (mention spéciale à la rivière, aux arbres ou bien encore aux éclairs) sont bluffants et il est impossible au premier coup d’œil de faire la différence avec un film live. Respect ! Même si on pourra regretter que les artistes aient fait le choix de reproduire un univers réel et existant plutôt que d'en créer un de toutes pièces - ce qui peut s'apparenter à de la facilité artistique -, on ne peut que reconnaître et applaudir la performance technique, qui laisse augurer de très belles choses pour la suite. Si l'océan du (Le) Monde de Dory est aussi beau que les rivières du (Le) Voyage d'Arlo, l'immersion sera totale ! Et il parraitrait même que les artistes de Pixar et de Renderman (l'outil utilisé pour le rendu des films) sont allés encore plus loin... ça promet !!

Le film n'est pas pour autant parfait artistiquement. L'animation semble un peu hésitante par moments, le montage est un peu chaotique et certaines séquences auraient mérité d'être paufinées (comme l'ouverture où l'astéroïde commence par rentrer dans l'atmosphère avant de passer loiiiiiin au dessus de la Terre, exactement comme dans le teaser)... un peu dommage de la part de Pixar qui nous a habitué à plus de rigueur.

Petite remarque au passage : certains passages un peu plus "durs" (voire violents) pourraient effrayer les plus jeunes spectateurs, mais rien de bien méchant pour autant. L'apprentissage de la vie passe aussi par des moments plus difficiles, et le voyage d'Arlo est là pour nous le rappeler !

Après la brochette de stars pour le casting vocal de Vice-Versa, Disney (France) a fait cette fois dans la sobriété... ou presque. Le seul "people" présent au casting est Eric Cantona, qui apporte tout son charisme et sa sensibilité au Collectionneur, un mystérieux styracosaure qui vit en pleine nature. Son apparition dans le film se limitant (grosso modo) à une dizaine de minutes (et encore, je suis large), on ne peut pas vraiment parler du rôle de sa vie, mais le personnage lui va vraiment très bien et il lui apporte tout son charisme et sa sensibilité. A ses côtés, on retrouve des noms connus du doublage parmi lesquels Richard Darbois (connu pour être la voix du Génie d'Aladdin ou encore de Buzz l'éclair) et Donald Reignoux (alias Harold, Titeuf, Fix-it Félix, Kristoff et tant d'autres) en T-rex. Olivia Bonamy prête, elle, sa voix à la maman de Arlo.

Pour ce dernier, Disney France avait d'ailleurs créé la surprise cet été en organisant un casting pour lui trouver une voix... 1700 garçons de 10 à 15 ans avaient ainsi envoyé leur candidature et c'est finalement le jeune Jean-Baptiste qui a été choisi et réalise ici son premier doublage ! Si cela s'entend par moments, le jeune garçon apporte au jeune apatosaure une fraicheur et une innocence qui lui vont bien, nous faisant oublier quelques passages un peu plus hésitants ! Et cela a au moins le mérite de nous offrir une nouvelle voix, fait somme toute assez rare dans les adaptations françaises des films d'animation !


Les voix françaises avec le réalisateur et la productrice lors de l'avant-première mondiale à Paris

En conclusion

Quelques mois après Vice-Versa, Le Voyage d'Arlo a la lourde tâche de s'affirmer comme le deuxième film Pixar pour 2015. Après le chef-d’œuvre de Pete Docter, la barre était très haute et Peter Sohn s'en sort honorablement.

Si le scénario, véritable rite initiatique, est plutôt convenu et prévisible, le film parvient à nous emporter pendant 1h30 aux côtés de Arlo et de Spot, au cœur d'un univers préhistorique sublime. Rires, larmes et frissons sont de la partie. Les plus grands regretteront l'absence de double lecture et les plus jeunes pourraient être effrayés par certains passages un peu plus "durs". Le film n'en demeure pas moins un beau moment, un vrai (Disney•)Pixar de Noël à découvrir en famille !!