[Critique] Extraordinary Tales

Le film

Cinq histoires, cinq ambiances graphiques différentes, grâce auxquelles les artistes ont exprimé au mieux la complexité et la noirceur de l’univers d’Edgar Allan Poe.

Extraordinary Tales est disponible en DVD depuis le 8 décembre dernier !

Notre avis

Artiste aux multiples facettes - poète, romancier ou bien encore dramaturge -, Edgar Allan Poe est sans conteste l'un des écrivains américains du 19e siècle parmi les plus connus. Célèbre surtout pour ses contes — genre dont la brièveté lui permet de mettre en valeur sa théorie de l'effet, suivant laquelle tous les éléments du texte doivent concourir à la réalisation d'un effet unique — il a donné à la nouvelle ses lettres de noblesse et est considéré comme l’inventeur du roman policier. Nombre de ses récits préfigurent les genres de la science-fiction et du fantastique.

Depuis le début du XXe siècle, ses œuvres ont donné lieu à de nombreuses adaptations cinématographiques, dans des genres allant du film policier au film d'horreur en passant par les thrillers.

Extraordinary Tales est un film d'animation écrit et réalisé par Raul Garcia. Il est l’œuvre du studio européen Melusine Productions, réputé pour ces productions animées de qualité tant pour la TV que pour le grand écran (citons pêle-mêle Le chant de la mer et Ernest et Célestine).

Le film nous présente cinq contes de Edgar Allan Poe - La chute de la maison Usher, Le coeur révélateur, La vérité sur le cas de M. Valdemar, Le masque de la Mort Rouge, Le puits et le pendule - sous forme de cinq court-métrages aux ambiances très variées. Afin d'illustrer fidèlement les aventures des personnages issus de l'esprit torturé du romancier, le réalisateur a fait le choix d'utiliser des styles et techniques d'animation très différents pour chaque récit. Les techniques de rendu, la colorisation, les mélanges 2D/3D varient ainsi selon les scènes : rotoscopie, papier mâché, ambiance "comic/bd" ou bien encore style pictural.

Chacun des contes est raconté par un narrateur, parmi lesquels Christoper Lee et Guillermo del Toro.

Les transitions sont assurées par Poe lui-même. L'auteur, sous les traits d'un corbeau, échange avec la mort et nous introduit chaque séquence, en expliquant qu'il souhaite que l'on se rappelle de son œuvre et tient à ce que le public la découvre. L'artiste était connu pour être tourmenté et dépressif, ce qui se ressent très nettement dans ces apparitions.

Si Extraordinary Tales est intéressant d'un point de vue artistique et pour l'ambiance Halloweenesque - macabre et glauque - qu'il dégage, cela ne parvient malheureusement pas à faire oublier ses défauts, en premier desquels un gros problème de construction.

Le film s'apparente en effet plus à une compilation de court-métrages qu'à un réel long-métrage, les liens entre eux sont très ténus et les motivations du cinéaste peu claires. Aucune des nouvelles n'est réellement traitée, les courts ressemblent plus à des saynètes et manquent réellement de profondeur, nous laissant une impression de survol express et d'inachevé. En outre, ils se terminent tous de manière (très) abrupte, rendant leur message encore plus flou à appréhender. Si les narrateurs s'en sortent très bien, cela ne parvient pas à effacer un problème de rythme, très lent. A aucun moment je n'ai réellement été captivé par l'intrigue et les histoires.

En bref, si la forme - ambiance, style artistique et visuel - mérite qu'on s'y attarde, le contenu déçoit... Le film est alors sauvé par sa (courte) durée, ses narrateurs (dont certains prestigieux) et sa musique.

Très loin du cinéma d'animation "traditionnel" et grand-public, Extraordinary Tales se destine à un public de cinéphiles, passionnés ou curieux. Raul Garcia nous invite à vivre une expérience cinématographique dans l'esprit tourmenté de Edgar Allan Poe. Etrange et atypique. Macabre et glaçant. Glauque et bizarre.

Parfait film de festival - il a d'ailleurs été présenté hors-compétition au Festival d'Annecy en juin dernier, à l'Etrange Festival à Paris en novembre ou bien encore au Forum des images début décembre -, il n'est en revanche absolument pas surprenant qu'il n'ait pas eu droit à une sortie cinéma dans notre pays, tant son style et sa construction en font un "ocni" (objet cinématographique non identifié). Sa date de sortie vidéo surprend également, Halloween aurait en effet été une période plus propice pour un tel film.

Alors, Extraordinary Tales mérite-t-il d'être découvert ? OUI, visuellement et artistiquement ! Il ne s'agit en revanche probablement pas d'un film à voir et revoir (hormis peut-être d'un point de vue scolaire pour l'étudier ?), guettez donc une éventuelle promotion sur le DVD ou une diffusion télé.