[Critique] Le Livre de la Jungle

Le film

Élevé par une famille de loups, Mowgli, le «petit d’homme» n’est désormais plus le bienvenu dans la jungle : le redoutable tigre Shere Khan, qui porte encore les cicatrices de sa confrontation avec les hommes, s’est juré d’éliminer celui qu’il voit comme une menace. Forcé d’abandonner le seul foyer qu’il ait jamais connu, Mowgli entame un extraordinaire périple à la découverte de sa propre identité, avec pour guides Bagheera, une panthère qui se montre un mentor sévère, et Baloo, un ours à l’esprit libre et ouvert. Sur sa route, Mowgli va rencontrer des créatures de la jungle dont certaines ne lui veulent pas seulement du bien, comme Kaa, un python à la voix et au regard hypnotiques, ou le Roi Louie, un singe beau parleur qui tente de convaincre le garçon de lui révéler le secret du feu.

Le Livre de la Jungle est à découvrir sur nos écrans dés aujourd'hui en 2D, 3D relief et IMAX 3D !

Mon avis

Le Livre de la Jungle (The Jungle Book) est un recueil de nouvelles écrit par Rudyard Kipling à la fin du 19e siècle. L'auteur avait auparavant vécu pendant plus de six ans en Inde, d'où est puisée l'inspiration de la majorité de ses nouvelles. L’ouvrage a été adapté de nombreuses fois, au cinéma mais aussi à la télévision. Il doit sa notoriété aux studios Disney qui adaptèrent le récit en long-métrage d'animation en 1967, prenant cependant d'importantes libertés par rapport au récit original.

En 2014, Disney annonce la sortie d'une toute nouvelle adaptation, mêlant animation et prises de vues réelles. Si Mowgli est campé par un acteur en chair et en os, l'ensemble des animaux prennent vie grâce à la technique de la motion capture. A l'origine, le studio Walt Disney Pictures souhait réaliser une adaptation fidèle de l'oeuvre de Kipling, beaucoup plus mature que le classique animé (ce nouveau film est d'ailleurs classé "PG" outre-atlantique). C'est le réalisateur Jon Favreau qui a insufflé au film une "touche" du film de Wolfgang Reitherman. Ce dernier a marqué plusieurs générations de spectateurs, et pour le réalisateur il était à la fois nécessaire et important que cette nouvelle adaptation en reprenne des éléments.

« Nous nous sommes davantage rapprochés par la tonalité de notre film de la dimension mythique des œuvres de Kipling, tout en laissant une place pour les souvenirs que nous gardions du film animé de 1967, car nous souhaitions en conserver tout le charme. » explique ainsi J. Favreau.

Le Livre de la Jungle donne l'étrange sensation d'être en terrain connu tout en découvrant un nouveau film... un peu déroutant de prime abord, surtout quand on ne sait pas réellement à quoi s'attendre, car le "mélange" des deux - ancien et nouveau - surprend. Pour ma part, je confesse avoir préféré les moments "100% hommage" ou "100% nouveauté" que les scènes où le réalisateur fait du neuf avec du vieux ! Ce dernier point est notamment vrai pour les chansons : 3 sont présentes dans le film, reprises directement du grand classique. Si celle de Baloo s’intègre bien, celle de King Louis gêne... La légèreté de la chanson originale ne colle pas au personnage beaucoup plus hostile et imposant de ce nouveau film, et l'entendre chanter sonne presque «hors sujet".

Jon Favreau laisse ainsi de côté l'insouciance du grand classique et nous propose un film beaucoup plus noir et travaillé. L'innocence et la légèreté du dessin animé qui s'apparente à une promenade tranquille dans la jungle pour Mowgli ont fait place à de vrais enjeux et surtout à un vrai méchant en la personne de Shere-Khan. Représentant une véritable menace pour le petit homme, mais aussi pour toute la forêt, le tigre apporte une vraie dimension dramatique. Mowgli qui n'était qu'un jeune enfant naïf s'amusant avec les animaux qu'il rencontre avant de retrouver les siens se retrouve ici avec de bien plus grandes responsabilités. L'affrontement final entre les deux ennemis est réellement prenant et on ne peut s'empêcher d'avoir peur pour Mowgli.

Les personnalités des personnages ont été étoffés et se rapprochent vraiment des protagonistes créés par Kipling. Tel un ange gardien, Baghera veille sur "le petit homme" et le guide à travers la forêt en direction du village des humains. Baloo apparait plus adulte et mature, limite rongé par les années et la vie dans la forêt, et n'hésitera pas à se servir de Mowgli pour que celui-ci l'aide à refaire ses provisions de miel. Hathi retrouve son rôle - créé par Kipling - de seigneur de la jungle et de Gardien des légendes. C'est notamment lui qui déclare la trêve de l'eau, qui joue un rôle important dans le film. Shere Khan est un vrai méchant, dangereux et menaçant, qui en veut aux humains en général et à Mowgli en particulier et non plus à toute la forêt. King Louie, réellement effrayant, prend des airs de King Kong prêt à tout pour régner sur la forêt... loin, très loin du singe joueur du dessin animé.

Moins présent que dans le dessin animé de 67, Kaa n'en est pas moins un personnage important du film. C'est en effet lui - ou plutôt elle - qui, avec la douce voix maternelle de Scarlett Johanson, amadoue Mowgli en lui racontant l'histoire de son arrivée dans la forêt avant... de tenter d'en faire son repas. Là où le classique original ne comportait aucun personnage féminin, Jon Favreau a en effet voulu introduire une mixité, somme toute indispensable en 2016. Autre rôle féminin fort, Rashka - la louve qui a élevé Mowgli - tient un rôle clé au sein du clan des loups.

Les animaux apparaissent beaucoup plus sauvages et dangereux que dans le classique de 1967. Loin d'être des simples camarades de jeu, ils retrouvent ici toute leur "animalité". La Jungle est beaucoup plus hostile, elle n'est plus un simple terrain d'amusement mais un vrai personnage à part entière qui souffre. Le film délivre ainsi un message écologique, nous rappelant que la nature et les animaux souffrent de nos actions et qu'il nous appartient à nous - humains - de la protéger et de réparer nos erreurs.

« Quel que soit le film, la phase de casting est toujours capitale » explique Jon Favreau. Seul acteur à apparaître à l’écran, le jeune Neel Sethi donne vie - du haut de ses 10 ans - à Mowgli de manière brillante et bluffante. Il est néanmoins épaulé par de grands noms d’Hollywood, parmi lesquels Scarlett Johansson (Kaa), Idris Elba (Shere Khan), Lupita Nyong’o (Rashka), Ben Kingsley (Bagheera) ou encore Bill Murray (Baloo). Ces acteurs ont non seulement prêté leur voix aux personnages mais également tout leurs talents de comédiens puisque les animaux prennent vie à l'écran grâce à la motion capture.

Le tournage du film a donc été un peu particulier. Les animaux étaient en effet matérialisés par des marionnettes à qui N. Sethi devait donner la réplique. Tourner dans une vraie forêt étant également compliqué, le film a recouru au traditionnel "fond vert" et fait ainsi la part belle aux effets spéciaux et digitaux. Même si certains sont un peu moins crédibles (le feu par exemple fait très CGI), l'ensemble est maîtrisé.

Habitué des effets digitaux, Jon Favreau relève le défi haut la main. Comme il l'explique lui même « Le plus important, c'est une bonne histoire ! A partir du moment où l'on a quelque chose à raconter, la suite vient tout seul ! » L'intégration de la réalité, des décors numériques, de la performance capture et de Mowgli est bluffante ! On est loin de l'overdose numérique que l'on retrouve dans certains films (comme le « Alice » de Burton). En prime, la 3D relief est utilisée intelligemment et rend le film encore plus immersif.

Entre hommage et réécriture de l’œuvre des frères Sherman, la musique de John Debney est une réussite, immersive à souhait. Reprenant la musique d'ouverture du film d'animation, la scène d'ouverture nous plonge immédiatement dans la forêt avec un magnifique travelling qui devrait vous déclencher quelques frissons.

La réalisation et la mise en scène sont fluides et maitrisés, on sent que Jon Favreau maîtrise réellement son sujet. Le réalisateur offre également de nombreux clins d'oeils à d'autres références du 7e art, parmi lesquels Apocalypse Now ou King Kong. Il reconnait également s'être inspiré du (Le) Roi Lion, qui est pour lui LA référence de ce que l'on peut faire aujourd'hui dans un film animé mettant en scène uniquement des animaux, beaucoup plus que Le Livre de la Jungle version Reitherman. Cela se ressent dans le ton global du film et sur le jeu des personnages, mais également dans quelques scènes du film.

Dans la version française, le gentleman Lambert Wilson prête sa voix enjouée à l’ours débonnaire Baloo, le charismatique Eddy Mitchell apporte son unique timbre de voix au swinguant roi Louie, l’enchanteresse Leïla Bekhti sa voix envoutante au redoutable python Kaa et la pétillante Cécile de France à la louve Raksha.

L. Wilson et L. Bekhti nous ont expliqué avoir collé au plus près des interprétations des acteurs originaux (B. Muray et S. Johansson) et s'être détaché du classique animé. « L'animation est beaucoup plus surjouée » explique ainsi L. Wilson et cela ne collait pas au film de Jon Favreau, beaucoup plus mature et dur, dont le jeu des personnages se rapproche de celui d'un film "live". Ceci était d'autant plus vrai pour le personnage de Kaa, interprété dans le dessin animé par un homme (Roger Carel en version française). La version française du film d'animation a simplement été utilisée comme référence pour les chansons, permettant aux comédiens de placer leur voix et surtout le rythme correctement.


Le Livre de la Jungle - Making-of : le doublage avec les voix françaises

En conclusion

Entre hommage au classique de 1967 et fidélité à l’œuvre de Kipling, Le Livre de la Jungle est une jolie réussite. En phase avec son temps, cette nouvelle adaptation est beaucoup plus noire et dure que le film d'animation, beaucoup plus mature aussi. Les femmes se font (enfin) une place, l'écologie s'invite en trame de fond et les protagonistes retrouvent tout leur côté animal.

Je ne suis pas sûr que les enfants (à partir de 8/10 ans) auront envie de plonger jouer au cœur de cette Jungle, beaucoup plus hostile et dure... en revanche, il y a de fortes chances qu'ils s'inquiétent pour Mowgli et ses amis, et que le film déclenche de vrais frissons d'émotion à toute la famille. Jon Favreau nous offre un très bon cru Disney, un divertissement familial maitrisé de bout en bout, à découvrir dés maintenant dans nos salles !! En ce printemps 2016, partez pour un fabuleux voyage...

2 commentaires

  1. #1 fouaise

    JE le verrai ( on le verra ) à coup sûr .
    mais qui double Baghera ?

  2. #2 Matthieu

    En version française, c'est Bernard Gabay !