[Critique] Le Monde de Dory

Le film

Dory, le poisson chirurgien bleu amnésique, retrouve ses amis Nemo et Marin. Tous trois se lancent à la recherche du passé de Dory. Pourra-t-elle retrouver ses souvenirs ? Qui sont ses parents ? Et où a-t-elle bien pu apprendre à parler la langue des baleines ?

17e long-métrage des studios Pixar, Le Monde de Dory est à découvrir dés maintenant dans nos salles !!

Mon avis

L'idée de faire une suite au grand classique de Pixar Le Monde de Nemo sorti en 2003 ne date pas d'hier, cela fait presque 10 ans que le projet a été évoqué pour la première fois au sein des studios Pixar. Ce deuxième opus est réalisé une nouvelle fois par Andrew Stanton, qui replonge dans le grand bain des années plus tard... Pourtant, tout ne s'est pas fait si naturellement !

En 2008, le réalisateur signe WALL•E, l'un des plus gros succès de Pixar. Cela lui permet de vendre à Disney son projet d'adaptation de la saga Le cycle de Mars, John Carter verra ainsi le jour en 2012. En dépit de nombreuses qualités, le film est un échec retentissant au box-office et met fin (pour le moment en tous cas) à la carrière "live" du réalisateur. De retour chez Pixar, le projet de faire une suite aux aventures de Nemo refait surface, Le Monde de Dory est né !


Le Monde de Nemo

Dès l'origine, Andrew Stanton avait envisagé de développer le personnage de Dory. Pour lui construire sa personnalité, il avait déjà imaginé son passé. « Dory a passé la majeure partie de sa vie à errer dans l’océan. À cause de son trouble de la mémoire immédiate, elle a oublié tous ceux qu’elle connaissait, mais pas ce qu’elle a éprouvé. Ces abandons répétés lui ont laissé un sentiment de perte et de séparation. » Même si la fin du (Le) Monde de Nemo conclut une histoire, pour le réalisateur certains éléments laissés en suspens méritaient d'être racontés.

Depuis quelques années, Pixar a pris l'habitude de nous proposer des suites à ses longs-métrages (et la tendance ne va pas s'arrêter). Quand le studio officialise Le Monde de Dory – leur 17e long-métrage –, Cars 2 est encore dans tous les esprits et la crainte de voir le "sidekick" un peu horripilant prendre la première place avait de quoi faire peur... Si Pixar nous a prouvé avec Toy Story qu'ils pouvaient faire de très bonnes suites, la crainte de retrouver une "copie" du premier film avec les rôles inversés était très présente et les premières bandes annonces ne se montraient pas rassurantes...

Centrer le film sur le petit poisson chirurgien était un véritable pari, tant ce personnage aurait pu devenir rapidement insupportable. C'était sans compter sur le talent des équipes de Pixar qui parviennent à rendre Dory touchante et attachante, à nous faire réellement accepter son handicap, et surtout à nous le faire comprendre sans jamais sombrer pour autant dans la complaisance ou la facilité... du grand art !

Le handicap tient une place importante dans le film et le mystère de la mémoire est un élément essentiel de l’intrigue. En effet, comment savoir qui l'on est quand on souffre de troubles de la mémoire immédiate ? Comment se rappeler de ses parents et de son enfance quand on ne se rappelle pas de la veille ? Si Dory oublie des détails de sa vie de tous les jours, sa mémoire émotionnelle fonctionne parfaitement.

Le film s'ouvre sur l'enfance de Dory, que l'on découvre entourée de ses parents. Confrontés au handicap de leur fille, ces derniers doivent apprendre à vivre avec et cela va avoir des conséquences tout au long de leur vie. Encore plus que dans le premier film, le scénario s'intéresse également à la façon dont Dory interagit avec son entourage, comment elle vit avec ses troubles de la mémoire et les difficultés qu’ils représentent. On sent que sa maladie la rend vulnérable mais qu'elle a aussi envie de tout faire pour l'outrepasser.

L'intrigue débute réellement quelques mois après le premier opus, quant à la faveur d'un cours sur la famille, Dory a un flashback de la sienne et supplie Marin et Nemo de l’aider à la retrouver... L'aventure commence !

Avec un schéma scénaristique qui rappelle le premier film mais nous offre quelque chose de tout à fait nouveau, Le Monde de Dory tient plus du spin-off que de la réelle suite. Au road-movie dans les océans succède un film d'aventure beaucoup plus classique, sur fond de quête initiatique et de découverte de soi, qui lorgne fortement vers la comédie et le burlesque. Là où dans le premier film on ressentait la difficulté et l'éloignement, ici tout semble beaucoup plus facile, un peu trop même des fois... Le film est beaucoup plus léger et divertissant, parfait pour l'été, même si un peu plus d’enjeux et un scénario un peu mieux ficelé n'auraient pas dérangé. Dommage que quelques longueurs viennent entacher le rythme à mi-course.

La nouvelle aventure de Dory, Marin et Nemo va les conduire sur la côte californienne. A l’institut de biologie marine, ils font la connaissance de nombreux animaux marins et tous ces nouveaux venus sont incontestablement une des réussites du film !

Mon coup de cœur va à Hank, un poulpe introverti et acariâtre, débrouillard mais surtout délicieusement cynique. Il ne veut pas se montrer gentil mais il a un cœur d’or, ce que Dory perçoit d’emblée, et il va surtout se révéler un compagnon de voyage hors-pair, prêt à tout. C'est incontestablement la découverte et la réussite du film, qui en vient presque à voler la vedette aux personnages principaux. Une mention spéciale à Philippe Lelouche qui l’interprète magnifiquement dans la version française.

Destinée, la baleine myope – amie d’enfance de Dory, et Bailey, le béluga au sonar endommagé, vont eux-aussi aider nos amis dans leur aventure. Les deux personnages, handicapés comme Dory, (nous) donnent également une belle leçon de vie et d'humilité, et prouvent que l'on peut entreprendre et réussir de très belles choses dans la vie malgré un handicap. Quelques oiseaux, des loups de mers emmenés par Gérard et des loutres toutes-mimi complètent cet éventail.

Le film n'oublie également pas d'où il vient et on retrouve une bonne partie des personnages du premier opus, leur rôle est en revanche beaucoup plus limité et est surtout prétexte à faciliter la transition. C'est néanmoins un plaisir de retrouver des têtes connues, parmi lesquelles Maitre Raie ou encore Crush.

Un des points forts du film est incontestablement son humour : le film est délicieusement drôle, et surtout il est dans l'air du temps avec des références et un ton très actuel qui parlera à tous, surtout aux plus jeunes. Le film offre également son quota d'émotions (avec Dory et sa famille) et de douceur (les bébés louuuuuuuuuuuuuuutres).

Une fois n'est pas coutume, le message écologique est bien présent. A l’origine, il ne devait d’ailleurs pas être autant poussé mais le scénario a été revu suite au documentaire Blackfish de 2013 sur les orques vivant en captivité. Celui-ci est appuyé par les différentes annonces diffusées tout au long du film dans le parc aquatique (à qui Claire Chazal prête sa voix) et qui nous rappellent (martèlent ?) des messages écologiques, invitant à protéger les animaux, les soigner pour les relâcher, mais surtout ne jamais les embêter. Le ton s'adresse surtout aux plus jeunes, mais si il peut réussir à faire passer le fait que les animaux ne sont pas des jouets, qu'il ne faut pas les attraper à main nue ou les retenir en captivité... je pense que le travail sera fait !

Le Monde de Dory nous replonge dans l’environnement marin que les spectateurs avaient découvert en 2003. Si l'univers reste même, la technologie a fait d'énormes progrès en 13 ans et cela se voit. Jamais l'océan et ses habitants n'ont été aussi beaux. L’éclairage est plus complexe, la flore et la faune plus détaillés... L’outil de rendu de Pixar Renderman fait vraiment des merveilles, tant au niveau du rendu de l'animation que des effets visuels... un vrai sans-faute ! On ne peut toutefois s’empêcher de se demander comment les artistes vont réussir à faire encore "mieux" dans les années à venir, un "plafond de verre" semble en effet atteint.

Le compositeur Thomas Newman est, lui aussi, à nouveau du voyage. Si certaines mélodies rappellent le premier film, aucun nouveau thème ne se détache réellement. La chanteuse Sia interprète la chanson titre, Unforgettable, une reprise d'un classique écrit en 1951 par l’auteur-compositeur américain Irving Gordon. Cette mélodie accompagne un générique de fin dans lequel Hank s'invite pour notre plus grand plaisir, un générique de fin qu'il vous faudra d'ailleurs regarder jusqu'au bout pour ne pas manquer la scène cachée finale. Et oui, Pixar suit la tendance actuelle des scènes post-générique !


Sia - Unforgettable

En conclusion

Une nouvelle fois, Pixar surprend et nous offre une bonne surprise pleine d'émotions et d'humour. Plus qu'une réelle suite, Le Monde de Dory prend des airs de spin-off centré sur Dory. Au road-movie dans les océans du premier opus de 2003 succède un film d'aventure beaucoup plus classique sur fond de quête identitaire. Ce périple conduira nos amis sur la côte californienne, où ils vont croiser de nouveaux venus (giga-coup de cœur au poulpe Hank).

On aurait pu craindre que Dory serait insupportable, il n'en est rien... le personnage se révèle attachant et attendrissant. Le Monde de Dory nous offre un message fort sur le handicap, celui de notre héroïne notamment. Le film s'intéresse ainsi à la façon dont Dory vit (avec) ses troubles de mémoire, mais également les répercussions sur son entourage (famille, parents, amis, rencontres...). Le film est une ode à l'acceptation, avec un message tout en douceur, touchant et émouvant, particulièrement bien construit et amené !

Sans pouvoir prétendre au titre de chef-d’œuvre, le 17e long-métrage des studios Pixar est un bon cru, maitrisé et réussi. Si son scénario n'est pas parfait, Le Monde de Dory a tout pour plaire à la famille, surtout les plus jeunes, et pour devenir un (nouveau) succès au box-office... léger et divertissant, parfait pour l'été !