[Critique] L'empereur

Le film

À travers le regard et les souvenirs de son aîné, un jeune manchot se prépare à vivre son premier voyage... Répondant par instinct au mystérieux appel qui l’incite à rejoindre l’océan, découvrez les incroyables épreuves qu’il devra à son tour traverser pour accomplir son destin et assurer sa survie et celle de son espèce. Marchez avec lui dans les paysages éphémères de l’Antarctique, ressentez la morsure du vent et du froid qui l’attendent à chaque pas et plongez avec lui dans les fonds marins jusqu’alors inexplorés.

L'Empereur est à découvrir actuellement dans les salles.

Notre avis

Le manchot empereur est une espèce funambule sur le fil de la vie. Cet oiseau, incapable de voler, mesure un peu plus d’un mètre en moyenne. Il appartient à la famille des vertébrés et est capable de survivre là où aucun autre être vivant ne le peut. Chaque année, au début de l’hiver alors que tous les autres animaux ont quitté les lieux après un bref passage estival, l’empereur revient sur le continent Antarctique pour donner la vie, une histoire qui dure depuis des milliers d’années... Une histoire qui était au cœur du premier film de Luc Jacquet, La Marche de l'Empereur. Nous étions en 2005...

Ce film a été une rencontre, un point de départ. Pour une des toutes premières fois, le public découvrait sur grand écran le continent blanc et désert, une histoire unique, et - pour beaucoup -, le principe même du « story-telling » appliqué au documentaire animalier. Après un accueil hors norme du public pour un film documentaire, celui-ci a été récompensé par de nombreux prix dont une victoire de la musique remise à Emilie Simon, un César et même... l'Oscar du meilleur film documentaire en 2006. Le film a également marqué le début d’une collaboration fructueuse entre Bonne Pioche, Luc Jacquet et Disney France qui apportera au cinéma des histoires de renard, d’enfant et de forêts.

Ce fut aussi l’élément déclencheur de la création de Disneynature, un label unique qui a permis au public de faire le tour du monde guidé par des histoires inventées par la nature. Créé en 2008 par Jean-François Camilleri, il s'agit du seul label cinématographique lancé par The Walt Disney Studios depuis 60 ans. Il a pour vocation de travailler avec les meilleurs cinéastes pour proposer au public un large éventail de thèmes et d’histoires liés à la vie sauvage.

Quand on lui demande pourquoi avoir décidé de faire un nouveau film sur les manchots empereurs, 12 ans après le succès de La Marche de l'Empereur, Luc Jacquet confie avoir une « fascination » pour cet animal. De la même façon que de nombreux réalisateurs ont un acteur (ou une actrice) fétiche, Luc Jacquet a choisi cet animal pour « son charme, sa magie et sa beauté ». Pour le réalisateur, l'empereur est une espèce qui permet de raconter une véritable histoire avec la magie du cinéma. Son environnement et son style de vie permettent également d'offrir de magnifiques images, uniques au règne animal. A l'occasion d'une expédition en Terre-Adélie, le réalisateur a « replongé dans cet univers » et a eu envie de poursuivre l'histoire qu'il avait commencé à raconter...

En 2005, le réalisateur explique qu'il avait été « frustré » de ne pas pouvoir se rendre et filmer dans le milieu sous-marin. Aujourd'hui, les hommes et la technologie le permettent, et cela a permis de ramener des nouvelles images et surtout un nouveau point de vue pour l'histoire. Luc Jacquet et son équipe nous offrent de magnifiques images, plus proches que jamais des empereurs et toujours plus intenses, qu'il aurait été impossible d'obtenir il y a encore 20 ans. Qu'il s'agisse des plans (très) rapprochés avec les héros du film ou bien des plongées sous-marines envoûtantes, le spectateur est emporté au cœur de la banquise.

En outre, là où le « premier » opus s'intéressait à la marche du groupe avec un focus sur un couple et son petit, L'Empereur met en avant un animal au milieu d'une foule, un personnage que l'on suit de sa naissance à ses premières plongées dans l'océan, un personnage auquel on finit par s'attacher...

La Marche de l'Empereur doit beaucoup à la musique de Emilie Simon et à sa narration à la première personne (du moins dans la version française). Celle-ci imagine le point de vue interne d'un couple de manchots et de leur petit, lesquels racontent les obstacles de leur vie dans la région la plus rude et isolée du monde. Pour L'Empereur, Luc Jacquet nous offre une approche beaucoup plus classique. La musique est plus discrète, le montage est à mi-chemin entre le documentaire et le biopic, mais surtout la narration se fait en voix-off.

Charismatique et d’une élégance rare, Lambert Wilson fait partie des acteurs français que l’on ne présente plus. Pour L'Empereur, il prête sa voix à l’histoire que nous conte Luc Jacquet et sa narration sublime les images. Le comédien, habitué des voix-off de documentaires (notamment pour la BBC) a définitivement un timbre de voix parfait pour ce genre d'exercice, il sait nous captiver sans être être trop envahissant.

En conclusion

Après La marche de l’empereur, inoubliable, Luc Jacquet parvient-il encore à nous captiver ? La réponse est OUI ! Non seulement, le réalisateur évite la redite grâce à une approche et un ton différent, mais en plus il nous offre des nouvelles images, réellement impressionnantes, et des points de vue qu'il était impossible d'obtenir à l'époque. Plus qu'une réelle suite, L'Empereur offre une autre vision de ces animaux mystérieux et un réel complément au premier long-métrage, mais aussi une très belle leçon de vie - celle d'un nouveau-né qui apprend à résister au froid durant plusieurs mois avant d'enfin se jeter dans le grand bain - et de courage. Le plaisir et l’émerveillement sont là et sauront captiver petits et grands spectateurs !

« Quel plaisir de proposer au public français ce nouveau voyage, l’expédition d’une vie, l’exploration du sixième continent et la rencontre avec ses plus fidèles habitants. Il y a douze ans, l’histoire des manchots empereurs avait bouleversé des millions de spectateurs. Tout n’avait pas été dit. Tout n’avait pas été montré. Nous voilà donc de retour au bout du monde, de l’autre côté de la planète. »
Luc Jacquet, réalisateur de L'Empereur