[Critique] La Belle et la Bête

Le film

L’histoire et les personnages tant aimés du grand classique de l’animation Disney La Belle et la Bête prennent désormais vie comme jamais à travers cette époustouflante adaptation en « live action » d’un des plus beaux récits jamais contés.

La Belle et la Bête relate l’incroyable destinée de Belle, une jeune fille aussi brillante qu’indépendante, retenue prisonnière dans un château par une Bête hideuse. Bravant sa peur, elle se lie d’amitié avec les domestiques transformés en objets enchantés suite à un sortilège et découvre peu à peu qu’au-delà de l’apparence physique de la Bête se cache un véritable Prince au cœur pur...

La Belle et la Bête est à découvrir dés maintenant dans les salles !

Notre avis

Issu de la tradition orale, le conte classique La Belle et la Bête trouve ses origines dans la France du 18e siècle. C’est la romancière Gabrielle-Suzanne Barbot de Villeneuve qui, dans La jeune Américaine et les contes marins en 1740, le couchera pour la première fois par écrit. Mais il faudra attendre 17 ans de plus, et la version remaniée, abrégée et rédigée par Jeanne-Marie Leprince de Beaumont dans son livre Le Magasin des enfants, pour que le récit prenne son envol littéraire et devienne la référence que l’on connaît encore aujourd’hui.

Sorti en 1991 au cours du deuxième âge d'or de l'animation Disney - tout comme La Petite Sirène, Le Roi Lion et Aladdin -, le grand classique des Walt Disney Animations Studios a immédiatement été considéré comme un chef-d’œuvre du genre. Romantique et drôle à la fois, il raconte une histoire d'amour et d'amitié inoubliable qui transporte les lecteurs dans un univers de conte de fée où le bien triomphe du mal. Il reste à ce jour le seul film d'animation jamais nommé à l'Oscar du meilleur film.

Maléfique, Cendrillon, Le Livre de la Jungle... en attendant Mary Poppins ou encore Le Roi Lion dans les prochaines années. Disney s'est lancé depuis 3 ans dans la remise au goût du jour de ses grands classiques animés en « live action ». Loin de nous proposer une simple transposition à l'identique en prise de vues réelles, le studio aux grandes oreilles parvient à réinventer ses classiques pour les faire vivre et surtout les faire découvrir à une toute nouvelle génération.

Avec La Belle et la Bête, l'objectif des créatifs de chez Disney était de rendre hommage au classique animé de 1991, mais aussi à l'œuvre originale de Mme de Villeneuve et à la France du 18e siècle, en offrant une nouvelle approche plus sombre et plus adulte. Pour le réalisateur Bill Condon, l'attrait était double : réaliser un film musical en hommage aux comédies musicales de l'âge d’or d'Hollywood mais aussi revisiter une histoire qui tient une place particulière dans son cœur et creuser la psychologie des personnages. Le réalisateur a également confié s'être inspiré du classique de Jean Cocteau de 1946. Alors, le pari est-il réussi et le résultat est-il à la hauteur ? Assurément...

Avec Cendrillon ou Le Livre de la Jungle, les studios Disney avaient choisi de réinventer l'histoire et lui donner un autre ton. Pour La Belle et la Bête, l'objectif était de la rendre plus réaliste, pas d'en créer une nouvelle. Le choix divisera mais il est assumé !

Si certaines séquences donnent l'impression d'assister par moment à un copié-collé du film d'animation jusque dans les mouvements des caméras, d'autres passages ont été réécrits ou mis en scène différemment pour nous offrir une toute nouvelle approche, beaucoup plus profonde et complète. Le film est également plus proche du livre original, et corrige certaines lacunes scénaristiques ou chronologiques, rendant l'ensemble beaucoup plus « crédible ». La simple « magie » Disney devient ici magie noire et les enchantements prennent des airs d'ensorcellement, très en vogue au 18e siècle. Cela peut apparaître comme futile, mais ce sont autant de petits détails qui donnent réellement une autre approche et une vision élargie à l'histoire, pour notre plus grand plaisir.

Le prologue nous explique ainsi pourquoi le château est plongé dans un hiver éternel ou bien pourquoi les habitants du village n'en connaissent pas (ou plus) l'existence... tout cela fait en effet partie intégrante de la malédiction ! Là où le rôle de l'enchanteresse se limitait à quelques minutes en 1991, celle-ci tient une plus grande place dans l'intrigue et les liens entre les villageois et les occupants du château pourraient se révéler plus importants qu'il n'y parait... mais chut, il ne faudrait pas gâcher l'effet de surprise !

Pour choisir les interprètes des célèbres personnages, les équipes de Disney ont exploré l'univers du cinéma, de la télévision, de la musique ou encore du théâtre afin de trouver l'acteur ou l'actrice idéal pour chaque rôle.

Emma Watson a été la première à rejoindre le projet dans le rôle de Belle. A l'instar du rôle d'Hermione Granger qui l'a fait mondialement connaitre, elle insuffle à la jeune paysanne son innocence et sa joie de vivre, une curiosité pour le monde extérieur et pour les autres, mais aussi une réelle maturité et une réelle intelligence. L'actrice a confié avoir également inspiré une part de féminisme et de modernité, en suggérant notamment des tenues plus modernes et plus en adéquation avec la vie de son personnage. Assurément, Emma Watson EST Belle et on se dit après avoir vu le film que personne d'autre n'aurait pu incarner mieux le personnage.

Dan Stevens lui aussi nous offre un sans-faute en Bête (mais aussi en prince, l'instant de quelques plans). Le plus gros défi pour l'acteur a été de déterminer la frontière entre l'homme et la Bête. Il parvient à insuffler à ce personnage tourmenté toute sa richesse et sa profondeur, de la noirceur et du renfermement, à la naissance des sentiments amoureux pour Belle. L'équipe a eu recours à la performance capture, meilleur moyen de conserver la large gamme d'émotions de l'acteur, crucial car la Bête est le héros romantique et le coeur émotionnel de l'histoire. Encore plus que dans le dessin-animé, son évolution est au coeur du film : froid et hautain au début, il s'ouvre peu à peu à Belle et montre également une réelle compassion pour tous les habitants du château devenus ses compagnons d'infortune...

L'acteur gallois Luke Evans apporte à Gaston son arrogance et sa superficialité et campe le personnage à la perfection. Il est accompagné de Josh Gad qui incarne son fidèle compagnon LeFou... et on se demande qui du personnage ou de l'acteur l'est le plus. Si Gaston est moins mis en avant que dans le dessin-animé, le duo qu'il forme avec LeFou est en revanche savoureux. En prime, les rôles semblent parfois légèrement inversés : si Gaston est toujours aussi imbu de sa personne et persuadé qu'il pourra épouser Belle, LeFou est nettement moins stupide, au point même de finir par remettre en cause le comportement de son acolyte... Qui l'eut cru !

Kevin Kline interpète Maurice, le père de Belle. L'inventeur farfelu est devenu un horloger qui fabrique des boîtes à musique... Si Belle et lui sont aussi marginalisés, Maurice apparait en revanche moins « cinglé » et gagne lui aussi en profondeur.

Les objets enchantés du château ne sont pas en reste. Même s’ils sont un peu éclipsés par la relation entre Belle et la Bête qui est le réel coeur du film, ils ne sont pas délaissés... Les personnalités de Lumière, Big Ben, Mrs Samovar ou encore la grosse armoire Mme de Garde-robe et son mari, ont été étoffées.

Si tous ont été animés sur ordinateur - comme le sont les personnages de films d'animation « classiques » -, les équipes du film ont eu recours à de nombreux subterfuges pour utiliser et intégrer la personnalité des comédiens qui prêtent leurs voix. Les objets ressemblent beaucoup à leurs interprètes humains et interagissent souvent entre eux, ce qui a demandé beaucoup de temps et de travail.

Des versions tailles réelles de chaque objet ont été réalisées et utilisées sur le plateau pour permettre aux acteurs - et notamment Emma Watson - de leur donner la réplique. Big Ben, à qui Ian McKellen prête sa voix, a été équipé d'un véritable mécanisme d'horloge ce qui rend son tic-tac et le mouvement de son pendule authentiques. Une version réelle de Mme de Garde-robe a été construire pour permettre à la volumineuse armoire de se déplacer réellement sur le plateau.

A l'instar de Dan Steeven pour la Bête, Ewan McGregor a été filmé en performance capture en train de danser et se déplacer pour servir de référence aux animateurs de Lumière. Emma Thompson a également été filmée et son visage scruté pour retranscrire au plus juste les émotions de Mrs Samovar. Autant d'astuces qui ont permis d'insuffler vie aux personnages et leur donner le plus d'humanité possible.

Si le désign des objets pouvait susciter quelques craintes à la vue des premières images, celles-ci s'envolent immédiatement au bout de quelques minutes. Plus réaliste et plus mature, celui-ci correspond parfaitement à l'ambiance insufflée. La performance capture fait des merveilles et tous dégagent de réels sentiments et de réelles émotions.

Si la production a logiquement eu recours aux images de synthèses, il était en revanche important pour les cinéastes de tourner autant que possible dans des environnements réalistes, de manière à bien marquer la différence avec le classique d'animation.

Un soin particulier a été apporté pour souligner les origines françaises de l’histoire. Celle-ci se déroulant dans la France du milieu du 18e siècle - et non dans un univers alternatif et sans date précise comme dans nombre de contes de fées – chaque département artistique a veillé à ce que les décors, les accessoires, les costumes, les coiffures et le maquillage soient le plus fidèle possible à la France des années 1740. L’équipe créative n’a pas cherché à reproduire à l’identique telle ou telle œuvre architecturale, mais a concentré ses efforts sur la vraisemblance et la crédibilité. Œuvre de fiction, La Belle et la Bête se devait de refléter la réalité de l’époque, mais dans une version sublimée par la magie du cinéma.

C’est ainsi que pour le village fictif de Villeneuve, la chef décoratrice et son équipe se sont notamment inspirés de plusieurs villages français, Conques ou Sarlat. Pour cet immense décor construit sur le backlot des studios de Shepperton à Londres, peintres, charpentiers et menuisiers ont reconstitué la maison de Belle, une école, un tailleur, une taverne, une église et la place du village. Ce souci de vraisemblance, l’équipe artistique l’a également eu pour le château de la Bête. Elle a opté au final pour une combinaison de différents styles architecturaux avec la prédominance du rococo français, un style très répandu dans la France des années 1740 et notamment utilisé pour le château de Versailles.

Le dessin-animé durait 1h20, cette nouvelle adaptation dure plus de 2h. La différence de 40 minutes peut sembler énorme mais elle apporte au film tout ce qu'il pouvait « manquer » et offre un réel plus, vraiment appréciable pour le récit et la construction des personnages.

Le film offre un aperçu de la vie du Prince avant qu'il ne se transforme en Bête et nous éclaire sur ce qui a fait de lui l'homme arrogant et cruel qui méritait le sort qui lui a été jeté. On découvre également l'histoire familiale de Belle, son enfance à Montmartre et la relation avec son père Maurice. Tout cela nous permet ainsi de comprendre ce qu'ils ont en commun et leurs personnalités. Encore plus que dans le classique de 1991, Belle et la Bête sont au coeur du film et on assiste réellement à la naissance de leurs sentiments, là où dans le dessin-animé cela est plus « soudain ». Même si cela est plus discret, les liens entre les différents habitants du château sont aussi très présents. Ces sentiments omniprésents font de La Belle et la Bête un film beaucoup plus adulte et riche en émotions.

Si certains passages du dessin-animé pouvaient déjà effrayer les plus jeunes, le film offre des moments vraiment durs. Certains plans du château sont ainsi particulièrement angoissants. La mort de la Bête, tuée par Gaston, est également très dure, avec un sans froid et une réelle cruauté... Même s'il s'agit assurément d'un film familial, j'aurais tendance à le déconseiller aux enfants de moins de 7/8 ans.

Comme dans le dessin-animé, la musique et les chansons tiennent une place importante dans ce nouveau film pour notre plus grand bonheur !

L'intégralité des chansons du classique animé signées Alan Menken et Howard Ashman sont de retour ! Certaines paroles écrites en 1991 et qui n'avaient pas été utilisées ont en outre été intégrées (sur Gaston et Histoire éternelle), ce qui donne des versions légèrement différentes. Du côté de la version française, celle-ci a également été réadaptée. La mise en scène des moments musicaux (notamment Belle et C'est la fête) a aussi été remaniée. Tous ces changements s'intègrent parfaitement à cette nouvelle adaptation, mais vous voilà prévenus !

Si les titres de la comédie musicale de Broadway n'ont pas été réutilisés, pas plus que Humains à nouveau, leurs mélodies se font entendre régulièrement. A. Menken et Tim Rice ont écrit trois nouvelles chansons qui viennent compléter la playlist originale et s'intègrent également parfaitement dans l'histoire. Mention spéciale à Ensemble à jamais (Evermore), chantée par la Bête alors que celui-ci s'interroge sur ses sentiments envers Belle. Si la chanson de la comédie musicale If I can't love her était déjà une réussite, celle-ci parvient à la surpasser... bravo ! Jours enchantés (Days in the sun) est chanté par tous les habitants du château qui se remémorent le passé. Je rêve d'une histoire sans fin (How does a moment last forever) est une très belle ballade, interprétée une première fois par Maurice alors qu'il fabrique une boîte à musique et reprise plusieurs fois.

Céline Dion nous offre pour le générique de fin son interprétation de How does a moment last forever. Difficile néanmoins de passer après le classique intemporel Beauty and the Beast / Histoire éternelle et cette nouvelle chanson nous transporte moins. La magie revient d'ailleurs quand Ariana Grande & John Legend reprennent le titre emblématique.

Les chansons sont intégralement traduites en français et les différentes voix françaises retenues (Emmylou Homs, Yoni Amar, Alexandre Faitrouni, Guillaume Beaujolais...) sont parfaitement choisies et nous offrent un travail de très grande qualité !

En conclusion

« Magique, féerique, génial, des frissons et même quelques larmes, La Belle et la Bête est une vraie REUSSITE ! J'ai adoré ! »

En 1991, les studios Disney envoûtaient petits et grands avec un film enchanteur, chef-d'oeuvre de l'animation traditionnelle. En 2017, Bill Condon et les studios Disney nous offrent une nouvelle adaptation, un nouveau voyage qui sublime son ainé en approfondissant l'histoire, les chansons et les émotions pour encore plus de plaisir ! L'équipe du film a ainsi entrepris de développer les thèmes intemporels de l'histoire et d'apporter plus de profondeur et de dimension aux personnages tout en rendant hommage au film d'animation et à son héritage. Aujourd'hui, les spectateurs de tous âges vont de nouveau tomber sous le charme de cette histoire entre aventure, passion et romantisme.

L'adaptation en prises de vues réelles du classique d'animation Disney La Belle et la Bête est un film époustouflant qui célèbre l'une des histoires les plus éternelles et les plus populaires jamais écrites. Emotions, frissons et larmes... le film parvient à nous porter et à nous transporter ! A voir et à revoir (pour toujours) !